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mardi 25 avril 2017

La nuit américaine, ou le piège du deuxième tour





La nuit américaine est un procédé cinématographique qui simule la nuit alors que la scène est tournée en plein jour. C'est une illusion et ce n'est pas le réel.

Patrick Pique explique son vote du premier tour, tire les conséquences des résultats et dit pourquoi et pour qui il votera le 7 mai.

[article initialement rédigé pour le blog "A la table des chrétiens de gauche"] 





J'ai voté pour le programme porté par Jean-Luc Mélenchon

Lors du premier tour, j'ai voté pour un candidat de gauche. 
La campagne réussie, novatrice et ambitieuse, porteuse d'espérance a été à la hauteur des enjeux auxquels nous sommes confrontés depuis des décennies, en particulier la crise sociale et écologique. 
Elle a permis de faire découvrir un projet dans la lignée de celui qui avait permis à François Mitterrand de remporter l'élection présidentielle le 10 mai 1981. Plus encore, ce projet, par la méthode, par sa compréhension des enjeux et des propositions présentées rappelle le programme porté par les écologistes lors de la campagne de 1981, un projet qui portait le beau nom de « Pouvoir de vivre ». Il s'agissait de mettre en avant l'essentiel, la vie et non le pouvoir d'achat. Ce livre-programme a été certainement l'ouvrage fondateur de mes engagements futurs, j'avais 16 ans. 
Rappelons qu'au début de son premier septennat, François Mitterrand et la gauche ont mis en place la retraite à 60 ans, augmenté le SMIC et les allocations familiales, réduit le temps de travail avec le passage à la semaine de 39 heures et une cinquième semaine de congés payés, abolit la peine de mort,…

Le chaos et l'apocalypse ne sont pas survenus, pas plus qu'on a vu l'arrivée des chars russes. 
Rappelons en revanche que le revirement de 1983 et toutes les politiques libérales ou néo-libérales qui ont suivi n'ont jamais permis de résoudre le fléau du chômage qui continue de progresser inexorablement. Ces politiques n'ont pas davantage enrayé la crise écologique.

Rappelons aussi que toutes ces décennies ont vu le règne sans partage de deux forces politiques à peine différentes puisque s'accordant sur le programme économique, ce qui a provoqué une fracture durable et profonde avec une partie croissante de l'électorat qui se réfugie avec constance dans le vote d'extrême-droite.

Hier ce bipartisme a été mis à mal avec l'émergence de quatre forces de poids équivalents. L'épisode calamiteux des primaires et la réforme funeste du quinquennat ont achevé de rendre caduques les institutions de la Vème République. Celle-ci a été créée pour et par le Général de Gaulle, sous la plume de Michel Debré. Elle a fait son temps.

Rappelons encore que les écologistes en 1981 proposaient dans leur programme le passage à une VIème République comme Jean-Luc Mélenchon dans l'Avenir en commun.

Donc j'espérais un deuxième tour qui aurait opposé les deux seuls véritables projets constructifs s'intéressant à l'avenir de notre pays et de ses habitants : le programme libéral « En Marche » d'Emmanuel Macron et le programme écologiste et social « l'Avenir en commun » de Jean-Luc Mélenchon.

En lieu et place, ce sera Emmanuel Macron contre Marine Le Pen.




Un scénario américain pour le second tour

Le face à face entre M. Macron et Mme Le Pen n'augure rien de bon sur les court et moyen termes.

Il faudrait peut-être avoir à l'esprit l'élection américaine car pour l'instant elle est en train d'être rejouée...

La victoire – probable - du leader d'En Marche risque d'être comprise comme le plébiscite de son projet libéral. Or ce n'est que la poursuite de ce que nous connaissons depuis des décennies avec la droite et la gauche de gouvernement sans oublier les écologistes d'EELV qui s'y sont ralliés. Il existe un vrai risque de catalyser la progression du FN dans son accession au pouvoir en 2022. 
D'autant que cette progression est la conséquence de l'échec des politiques libérales qui ont provoqué colère et souffrances dans les classes populaires. N'oublions jamais que le libéralisme avec ses dogmes financiers et comptables et le FN sont les deux faces d'une même pièce. Ils se nourrissent l'un l'autre, l'un pour exister, l'autre pour se maintenir au pouvoir.

Pour le court terme et donc le deuxième tour, qu'avons-nous vu ce dimanche 23 avril ? Le vote d'Emmanuel Macron au Touquet, lieu de villégiature au passé prestigieux pour la bourgeoisie du Nord, des Parisiens et des Anglais. La sortie d'Emmanuel Macron en automobile qui ressemblait à un cortège présidentiel de soir de victoire de deuxième tour… Un repas dans un restaurant qui en a rappelé un autre de 2007 – c'était certes différent mais la symbolique est là - , un sondage en apparence prometteur pour le 7 mai.

Pendant ce temps, Marine Le Pen a voté a Hénin-Beaumont, ville ouvrière du bassin minier du Pas-De-Calais. Elle a fêté sa réussite dans une salle municipale. Mme Le Pen a déjà annoncé la couleur, le deuxième tour sera un référendum sur l'Europe et la mondialisation.

Le piège est donc grand ouvert. Marine Le Pen sera la candidate des victimes de la mondialisation.

Dimanche soir, tous les leaders politiques – sauf Jean-Luc Mélenchon - se sont désistés en faveur d'Emmanuel Macron pour « faire barrage ». « Faire barrage » est devenu l'unique et dernier fondement de toute pensée politique libérale de droite et de gauche. Mais « faire barrage » n'est pas un projet. La candidate du FN s'est évidemment engouffrée dans cette brèche pour dénoncer une atteinte à la démocratie, qui par ailleurs est fortement ressentie par ses électeurs. Je ne peux qu'appeler à la prudence avec cette notion de front ou d'arc républicain.

Donc, il faut regarder ce qui s'est passé aux États-Unis. Le candidat qui ne pouvait pas gagner l'élection l'a remportée. Pourtant d'après les commentateurs du monde entier, Hillary Clinton ne pouvait pas perdre, c'était impossible, inimaginable. Elle a perdu. Car ceux qui ne se sentaient pas concernés par ce duel Trump/Clinton ne sont pas allés voter. Ceux qui préféraient la victoire d'Hillary Clinton mais sans donner leur voix ont une lourde responsabilité dans la victoire de Donald Trump.

Il me sera rétorqué que nous ne sommes pas aux États-Unis. Pourtant depuis au moins la présidence de Nicolas Sarkozy, la vie politique française s'est fortement rapprochée des habitudes d'Outre-Atlantique : abstention, primaires, bipolarisation à outrance.

Je ne crois pas en un plafond de verre protecteur. D'ailleurs, La France n'a pas été en état de choc à l'annonce des résultats, Emmanuel Macron accepte – contrairement à ce qu'avait fait Jacques Chirac avec Jean-Marie Le Pen en 2002 – le débat du deuxième tour avec Marine Le Pen.

J'ajouterai que Jacques Chirac avait emporté l'élection avec plus de 80 % des suffrages contre moins de 18 % pour son adversaire. Le premier sondage publié sur le duel Macron/Le Pen annonce une victoire du premier avec seulement un peu plus de 60 % et un peu moins de 40 % pour la seconde.

Il n'y a plus l'effet de sidération de 2002. Souvenons-nous des manifestations populaires massives notamment lors du 1er mai 2002. Nous n'en sommes plus là. Le Front national fait désormais partie du paysage politique français. 
Tout peut se produire en deux semaines. 
D'autant que les reports de voix qui se sont portées sur les différents candidats perdants du premier tour, n'iront pas automatiquement ni systématiquement à Emmanuel Macron. Ce n'est pas parce qu'un leader politique se désiste qu'il est suivi dans son choix par ses électeurs.

La victoire de Marine Le Pen est donc possible.



 Voter pour Emmanuel Macron ou voter blanc ?

Comme l'a dit Jean-Luc Mélenchon au soir du 1er tour, « en conscience chacun, chacune sait quel est son devoir ».

Il faut rappeler ce que signifie le vote blanc. Voter blanc c'est refuser de prendre parti et dire qu'aucun des deux candidats ne convient au point de les renvoyer dos à dos. S'en laver les mains en quelque sorte. De fait, sur le plan de l'arithmétique, c'est donner de fait une demie voix à chacun des deux.

Sur mon blog, je me présente comme un écologiste, je ne peux donc imaginer la fermeture de nos frontières, la sortie de l'Union européenne alors que le projet européen est le fondement de la paix depuis la fin de la seconde guerre pour les pays qui l'ont rejointes. Le programme du FN est le plus nucléariste avec celui de François Fillon. La question de l'autre, du réfugié, du pauvre est aux antipodes de ce qui est demandé par le pape François dans l'encyclique Laudato Si'.

Je me présente également comme un citoyen et un catholique.

Parce que j'aime profondément la République, sa devise, Liberté, Égalité, Fraternité, parce que je suis chrétien, je prendrai mes responsabilités lors du deuxième tour et il est de mon devoir d'aller voter pour le candidat le plus proche - ou plus exactement le moins éloigné - de mes convictions c'est-à-dire Emmanuel Macron.

Ceci est ma décision personnelle et même si j'ai réfléchi aux arguments des uns et des autres, je n'ai pas besoin de consigne - ou l'absence de consigne - de vote des leaders politiques.

Je souhaiterais terminer ce billet par deux conseils de lecture. Ces propos de Jean-Pierre Denis *, directeur de rédaction de l'hebdomadaire La Vie, que je fais miens "Même si le projet d’Emmanuel Macron peut soulever de fortes interrogations sur sa gauche comme sur sa droite, celui de Marine Le Pen entraînerait la France dans le déclin et le chaos. Même si ce que représente Emmanuel Macron peut laisser les chrétiens dubitatifs, ce que porte Marine Le Pen s’oppose fortement à ce que nous comprenons de l’Évangile. En un mot, si la politique que mènera Emmanuel Macron semble encore floue, la réponse des électeurs doit être la plus nette possible. Le second tour offre aux Français l’occasion de montrer au monde que la trumpisation des démocraties n’est pas une fatalité, que la raison démocratique peut reprendre son cours, que leur pays a encore de la ressource et du ressort. Impossible d’hésiter."

Et cette analyse d'Hervé Kempf **, rédacteur en chef du quotidien Reporterre : « L’écologie, cependant est bien vivante et présente, et elle a pleinement pénétré la gauche, c’est-à-dire le mouvement de ceux pour qui la justice sociale est une condition vitale de la paix civile. Il n’en reste pas moins un goût amer de la voir dévoyée par ceux qui s’en proclamaient les porteurs historiques. 

Ce qu’il faut retenir, c’est que le mouvement continue, et que l’écologie reste plus que jamais au cœur du renouveau des politiques. »

Ces deux tweets du pape François viennent à point nommé pour être médités :

Pape François (@Pontifex_fr): « Si Christ est ressuscité, nous pouvons regarder avec des yeux et un cœur nouveaux chaque événement de notre vie, même les plus négatifs. »

« Lorsque nous avons touché le fond de notre faiblesse, Christ ressuscité nous donne la force de nous relever. »




* Macron-Le Pen : À question simple, réponse claire, Jean-Pierre Denis, éditorial publié dans La Vie le 23 avril 2017



** La faillite du parti écologiste, Hervé Kempf, éditorial publié dans Reporterre du 24 avril 2017


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