"La voix de celui qui crie dans le désert". Jean 1, 23
" Je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire". Bernadette Soubirous

Et ma voix n'engage que... moi.

La République française respecte toutes les croyances (article 1er de la Constitution)

Visiteur, tu es le bienvenu et ne crains pas de déposer des commentaires !


lundi 26 janvier 2015

En hommage à Demis Roussos

Après le départ d'Edgar Froese, c'est encore un peu la même famille de musiciens qui est touchée. Demis Roussos s'est fait connaître en effet dans le groupe des Aphrodite's Child avec Vangelis, un des grands noms, sinon le plus grand, de la musique électronique.
Les deux hommes ont continué à collaborer par la suite.
Voici un hommage à la façon de Vangelis, une improvisation, jouée et enregistrée en une seule prise.
Good bye, Demis, good bye !



dimanche 25 janvier 2015

En hommage à Edgar Froese, fondateur de Tangerine Dream

Edgar Froese, fondateur de Tangerine Dream est décédé. Une triste nouvelle pour le monde de la musique électronique. Une de mes principales références, un de mes maitres dans ce style de musique.
Voici une musique composée en hommage à ce grand musicien. Qu'il repose en paix. Comme il l'a dit un jour, il a seulement changé d'adresse cosmique :



mercredi 21 janvier 2015

Charlie et l'écologie


 L'écologie à Charlie Hebdo est humaine, intégrale, environnementale, sociale,... bref, véritable et sincère :


























http://charliehebdo.fr/ 



21 janvier... non, plutôt le 21 septembre

21 septembre 1792 : abolition de la royauté

Certains commémorent le 21 janvier. Je préfère de loin le 21 septembre... La République reste un combat permanent.

Quelques extraits d'un discours de Jean-Luc Mélenchon sur la République, un discours de 2001, mais tellement actuel... :

Le régime républicain n’est pas un régime neutre. C’est un régime qui par essence porte en lui un ensemble de valeurs - de valeurs émancipatrices - et qui ne peut survivre que si on les a comprises et si on les illustre. C’est singulièrement vrai en France du fait de notre histoire puisque c’est avec la grande révolution de 1789 que commence l’ère moderne. L’onde de choc, la dynamique portée par cet événement n’est toujours pas épuisée.
[...]
ce n’est pas par tradition que la France est républicaine mais par nécessité. La patrie des Français est la République. Nous sommes le seul peuple qui n’est pas défini par une langue commune : nous partageons le français, l’usage de la langue française, avec quarante nations et cent cinquante millions d’êtres humains. Au contraire des nations qui nous entourent, nous ne sommes pas décrits par une religion commune qui serait une espèce de fond ou de trame commune. Il y a chez nous quatre religions importantes : la première est la religion catholique, la seconde la religion musulmane. Nous ne sommes pas décrits par une couleur de peau, fort heureusement. Nous sommes un pays très bigarré. Non, nous sommes décrits par le pacte politique qui nous unit, le pacte républicain : " Liberté, égalité, fraternité ". Nous sommes une communauté légale. C’est pourquoi d’ailleurs il faut être si sourcilleux sur l’unité et l’indivisibilité de cette communauté légale qui n’a jamais signifié un enfermement mais tout au contraire un contrat d’égalité passé entre ceux qui la constituent.
Donc lorsque nous construisons une conscience républicaine, nous construisons la nation française elle-même. Nous sommes un peuple de raisonneurs. On n’est donc jamais tant Français que lorsque l’on est républicain. On n’est donc jamais tant républicain que lorsque l’on raisonne. Si bien que d’une identité politique on passe à une identité philosophique.
Ce point est extrêmement important. On ne peut correctement comprendre ce que nous sommes et ce que nous voulons être autrement qu’en suivant ce fil.
[...]
La morale de la responsabilité n’est ni moralisante ni moralisatrice. Elle ne porte en elle aucun ordre normatif autre que la nécessité et l’exigence de marcher sur le chemin des Lumières vers le devoir que l’on a à l’égard des autres. En quoi consiste ce devoir ? Nous ne prescrivons pas de devoirs. Nous connaissons des droits. C’est le respect du droit des autres qui est fondateur du devoir individuel. C’est de la dynamique de l’exercice des droits que surgit en creux celle du devoir. Si bien qu’il n’y a pas de limite à la discussion sur les droits. Chacun va y entrer avec ses convictions, son ressenti et ses adhésions que nous devons respecter ; adhésion spirituelle, adhésion philosophique, adhésion politique. Nous devons réaffirmer cette idée que la communauté légale, la liberté individuelle, la liberté de conscience, la laïcité de nos institutions, la laïcité de nos pratiques pédagogiques reposent sur la dynamique des droits et que cette dynamique des droits est le fondement de la République. 
[...]
Le progressiste, le républicain, ne connaît que l’égalité des droits, ne discute que de ces droits et n’envisage que les conditions concrètes qui permettent de réaliser cette égalité des droits. Mais bien sûr, je n’exprime là, qu’une conviction personnelle qui ne vous oblige d’aucune façon.
[...]  
Il faut que chacun sente que la patrie c’est la République, que la république est une protection, qu’elle est une garantie pour chacun.
Il y a bien des choses à méditer sur ce mois de septembre 1792, au lendemain de Valmy. Sur les collines, d’après GOETHE, les nôtres criaient "Vive la nation ! Vive la nation !" et la terre en tremblait dit le poète. Certains en ont fait des déductions qui n’ont pas lieu d’être. Ceux qui se trouvaient là ne juraient pas les mêmes dieux, ne comptaient pas dans les mêmes unités de poids et de mesure et souvent ne parlaient pas la même langue. " Vive la nation ! " n’était dans cette circonstance en aucun cas un slogan chauvin et nationaliste. C’était l’inverse, c’était un slogan fédérateur, universaliste. Le lendemain, ce cri parti de la colline arrive dans l’Assemblée, passe d’une tribune à l’autre, est repris dans la salle et la République est proclamée.
J’ai souvent le sentiment que dans les célébrations officielles on est trop soucieux de ce qui fait consensus. A l’occasion du Bicentenaire, même si j’ai trouvé judicieux de célébrer le 14 juillet 1789, je trouvais qu’il y avait un certain confort à célébrer cette date et qu’il y avait quelque chose de plus piquant eu égard aux circonstances et aux enseignements de ces circonstances à célébrer le 21 septembre. Puis-je vous faire partager cette conviction ? Je crois que oui ! J’ai essayé d’argumenter pour rester dans le ton qui me convient. Mais on m’a dit que les ministres ne donnaient pas des conseils, mais donnaient des ordres ou des recommandations. C’est normal. Cela s’appelle la légitimité républicaine : l’école ne s’appartient pas, elle appartient à la nation, elle reçoit ses consignes et ses missions de la nation et elle attend que ceux qui la font vivre la servent et obéissent ! Je crois qu’on le fait d’autant mieux qu’on s’est compris.
[...]  
L’idéologie dominante de notre temps a une approche de la liberté qui procède davantage de la logique du supermarché que de l’avancée des Lumières. Cette liberté est en quelque sorte une indifférence à l’égard des contenus de ce qui est dit et fait dans le cadre de cette liberté. Ce n’est pas la conception républicaine de la liberté. La liberté n’est pas le lieu de l’indifférence. Nous ne mettons pas tout sur le même plan. Et si on peut parfaitement comprendre que dans l’ordre des goûts et des papilles il y ait quelque part une égalité de situation entre celui qui préfère le yaourt à la fraise et celui qui préfère la banane, il en va tout autrement dans l’ordre des idées politiques et dans l’ordre des pratiques sociales. Mais cette manière de penser, de vivre la liberté, est devenue une telle évidence qu’elle est une forme d’obscurantisme extrêmement difficile à déconstruire.
[...]  
vous avez remarqué que l’Éducation nationale est tenue pour responsable de tout. Les jeunes se battent dans la rue : qu’est-ce qu’on leur apprend à l’école ? Ils se battent à l’école : mais que font leurs maîtres ? Oui, mais d’où vient toute cette violence ? Qu’est-ce que c’est que cette hypocrisie ? Est-ce que vous confondez l’Éducation nationale avec un prestataire de services ? La famille, la société ont des responsabilités, la politique également. On ne peut pas accepter sans dire mot ce déferlement quotidien des images de violence, de haine, de sang, de meurtres, qui fait qu’un jeune esprit a assisté par la télévision dès l’âge de dix-onze ans à des milliers de meurtres, de viols, d’assassinats, dans une organisation juridique de la société qui ne correspond même pas à celle de son propre pays puisque les juges et les policiers que l’on voit sont ceux des États-Unis d’Amérique. Surtout, on ne peut pas faire ensuite comme si ce déferlement n’avait aucune espèce d’impact sur la formation de nos jeunes. Nous serions la première civilisation à oser déclarer que les images ne contribuent pas à la formation de la psyché, aux systèmes de représentation et à l’imaginaire des jeunes générations. Ceux de la grotte de Lascaux seraient bien surpris de l’apprendre, s’ils étaient en état de le savoir !
C’est tout le contraire ! J’en parle avec force parce que je suis excédé de voir les exigences que l’on assigne à l’Éducation nationale et la complaisance dont on fait preuve à l’égard de cette culture de pacotille, qui habille des habits de la liberté une liberté de création qui prétend ne pas se prononcer sur le contenu de la création. Nous qui sommes la colonne du temple des Lumières, nous savons qu’un ordre unique lie un mode d’organisation sociale, un mode de production et les idées qui s’en déduisent. Et nous savons que le système qui pousse partout à la désintermédiarisation, dans l’ordre de la finance, dans l’ordre de la production, produit également les structures et les constructions culturelles dans lesquelles ce mécanisme de la désintermédiarisation est aussi à l’œuvre. Un mécanisme qui casse les intermédiaires, ceux du raisonnement, ceux de la douceur, de la beauté, de la poésie, de la construction de soi dans la tendresse, dans le pas à pas, et qui préfère aller directement à l’émotion, et parfois même, parce que l’émotion est parfois encore trop complexe, à la pulsion pure et simple. Cet ordre culturel est en relation directe avec un certain ordre des choses dans notre monde. C’est la même structure qui est à l’œuvre, celle du vide culturel et du trop plein pulsionnel.
[...] 
aucune vérité ne se trouve dans l’intimité, en tout cas rien qui apporte quelque chose de l’altérité dans laquelle on se construit.
Nous vivons dans la fascination que la transparence mène à la vérité. Mais un monde transparent est un monde de névrosés. Le monde construit, celui que nous voulons, c’est celui du débat argumenté, des Lumières, c’est l’organisation raisonnée des relations entre les gens.
[...]  
ceci est un havre d’intelligence au milieu d’un déferlement de bêtises et d’incitation permanente à des comportements diamétralement opposés à ceux que nous tâchons de faire vivre. Parce que la nation nous a confié cette mission, parce que c’est la République, que c’est notre patrie.

La Liberté guidant le peuple - Eugène Delacroix, 1830

lundi 19 janvier 2015

Le pape François et la liberté d'expression

Nombreux sont ceux qui commentent les propos du pape François lors de sa conférence de presse tenue dans l'avion qui l'emmenait au Sri Lanka. Le problème est que ce sont toujours des citations qui sont mises en exergue, et dans le cas présent l'anecdote du "coup de poing". Or, il me semble que la réponse de François est à prendre et à comprendre dans sa globalité.
La voici :

"Je crois que ce sont toutes les deux des droits humains fondamentaux : la liberté religieuse et la liberté d’expression. On ne peut pas… Vous êtes français non ? Alors allons à Paris, parlons franchement  ! On ne peut pas cacher une vérité aujourd’hui : chacun a le droit de pratiquer sa religion, sans offenser, librement, et nous voulons tous faire ainsi.

Deuxièmement, on ne peut pas offenser, faire la guerre, tuer au nom de sa religion, c’est-à-dire au nom de Dieu.
Ce qui se passe maintenant nous surprend, mais pensons toujours à notre histoire : Combien de guerres de religion avons-nous connu ! Pensez seulement à la nuit de la saint Barthélémy ! Comment comprendre cela ? Nous aussi nous avons été pécheurs sur cela, mais on ne peut pas tuer au nom de Dieu, c’est une aberration. Tuer au nom de Dieu est une aberration. Je crois que c’est le principal, sur la liberté religieuse : on doit le faire avec la liberté, sans offenser, mais sans imposer ni tuer.
La liberté d’expression… Non seulement chacun a la liberté, le droit et aussi l’obligation de dire ce qu’il pense pour aider le bien commun : l’obligation ! Si nous pensons que ce que dit un député ou un sénateur – et pas seulement eux mais tant d’autres - n’est pas la bonne voie, qu’il ne collabore pas au bien commun, nous avons l’obligation de le dire ouvertement. Il faut avoir cette liberté, mais sans offenser. Car il est vrai qu’il ne faut pas réagir violemment, mais si M. Gasbarri qui est un grand ami dit un gros mot sur ma mère, il doit s’attendre à recevoir un coup de poing ! C’est normal… On ne peut pas provoquer, on ne peut pas insulter la foi des autres, on ne peut pas se moquer de la foi !
Le pape Benoît, dans un discours dont je ne me souviens pas bien avait parlé de cette mentalité post-positiviste, de cette métaphysique post-positiviste qui menait au final à croire que les religions ou les expressions religieuses sont un espèce de sous-culture : elles sont tolérées mais elles sont peu de chose, elles ne sont pas dans la culture des Lumières. C’est un héritage des Lumières.
Il y a tant de gens qui parlent mal des religions, qui s’en moquent, qui jouent avec la religion des autres. Ceux-là provoquent… et il peut se passer ce qui arriverait à M. Gasbarri s’il disait quelque chose contre ma mère. Il y a une limite ! Chaque religion a de la dignité, chaque religion qui respecte la vie humaine et l’homme, et je ne peux pas me moquer d’elle… c’est une limite. J’ai pris exemple de la limite pour dire qu’en matière de liberté d’expression il y a des limites, comme pour l’histoire de ma mère.»

vendredi 16 janvier 2015

Charlie Hebdo : et maintenant ? Respect




Respect, un mot qui revient souvent, clairement ou implicitement : 
Je suis d'accord avec  cette déclaration de l’Église catholique de France (Conseil Famille et Société) :
"chacun doit pouvoir éviter toute provocation, tout amalgame et tout ce qui relève du rejet de l’autre.
Ce qui fut l’élan d’un instant doit pouvoir devenir l’engagement durable pour bâtir une société du respect de l’autre, de la bienveillance, de la justice, de la liberté et de la responsabilité.

Les catholiques souhaitent que ne se referment pas les chemins qui se sont ouverts vers la fraternité." 

Cette autre déclaration est également essentielle et rappelle quelles fondamentaux du vivre ensemble : 
"Nous exhortons les uns et les autres à ne pas entrer dans la spirale mortifère de la peur et du mépris de l’autre.
Toutes les libertés sont intrinsèquement liées les unes aux autres. La liberté de la presse, quelle que soit cette presse, reste un des signes d’une société solide, ouverte au débat démocratique, capable de ménager une place digne à chaque personne dans le respect de ses origines, de sa religion, de ses différences. C’est cette France respectueuse de tous, symbole au-delà même de ses frontières, qui a été meurtrie ; c’est vers cette France qu’ont afflué du monde entier les très nombreux témoignages de sympathie et de compassion ; c’est cette France-là qui dimanche a redit son adhésion profonde aux valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité."
Nos évêques interrogent aussi l'avenir de notre société : 
"Enracinés dans l’Évangile, portés par l’Espérance, nous devons nous interroger sur notre projet de société. Quelle société voulons-nous bâtir ensemble ? Quelle place réservons nous aux plus faibles, aux exclus et aux différences culturelles ? Quelle culture voulons-nous transmettre aux générations qui nous suivent ? Quel idéal de notre communauté humaine proposons-nous à la jeunesse ?
Nous appelons les catholiques à poursuivre leur engagement dans la vie familiale, la vie associative et plus généralement dans la vie publique pour faire progresser notre société dans la justice et la paix.

Nous invitons à amplifier les efforts faits dans le domaine de l’éducation, conscients que cet enjeu est majeur pour aujourd’hui et pour demain.

C’est ensemble que nous construirons la société de demain. Non les uns contre les autres mais les uns avec les autres."
 
Le journaliste François Vercelletto sur son blog va dans le même sens :
"Il me vient toutefois un mot à l'esprit : respect.
Un joli mot. Comme un vœu. Comme un exercice quotidien et permanent.
Respect de soi. Respect de l'autre, de ses différences. De ses croyances. Quelles qu'elles soient."

Le journaliste Hervé Kempf sur le site du journal Reporterre voit sous autre angle que la question religieuse - et il n'a pas tort - les événements de la semaine dernière : 
"il faut pouvoir dire : non, je ne suis pas en guerre ; non, je ne considère pas que le problème islamique est le plus important de l’époque ; non, je n’admets pas une unanimité qui couvrirait une inégalité stupéfiante ; non, je ne ne pense pas que nous avons besoin de plus de policiers et de prisons.
Et oui, je peux dire : Nous voulons la paix ; nous considérons que l’essentiel aujourd’hui est la crise écologique ; nous ne retrouverons l’unité que quand les inégalités seront réduites ; nous avons besoin de plus d’artistes et d’écoles."

A propos d'école, la blogueuse Zabou The Terrible tient des propos remplis d'espérance sur la jeunesse : 
"se rendre vraiment compte aussi, dans ce genre d’affaires, que nous ne sommes pas de quelconques chargeurs de clés USB sur les cerveaux de nos élèves,
Mais qu’il y a de jeunes consciences qui ont besoin de nous pour se construire : en composition ou en opposition, mais, dans le fond, peu importe,
Si le crayon est l’arme de l’expression ;
L’arme anti-extrémisme par excellence est l’éducation ;
Et il est bon, particulièrement bon en ces temps, d’y contribuer."



Notre pape François, comme toujours, remet l'église au milieu du village, d'une façon très jésuite d'ailleurs dans une interview donnée dans l'avion qui l'emmenait au Sri Lanka:  la liberté d'expression et la liberté religieuse sont des droits humains fondamentaux. Chacun a le droit de pratiquer sa religion, sans offenser, librement, et nous voulons tous faire ainsi.
Mais on ne tue pas au nom de Dieu, c'est une aberration, la liberté d'expression est une obligation ( notamment quand on a des choses à dire à nos élus lorsqu'ils se comportent mal...) mais toujours sans offenser. 
Enfin et surtout François insiste sur le fait que chaque religion a de la dignité, chaque religion qui respecte la vie humaine et l’homme, et qu'on ne peut s'en  moquer


On ne le répétera jamais assez : le respect est la condition pour vivre ensemble, cela peut sembler d'une banalité confondante mais c'est le meilleur rempart contre les chiens de guerre de tous les camps. Il n'y en a pas d'autre.

Pour vivre ensemble, je tiens à rappeler l'existence de cette association : Coexister.

Heureux les artisans de paix !

PS : je vous invite à lire le billet que je découvre à l'instant de l'ami Fabrice Nicolino qui se remet lentement de ses graves blessures. C'est la première fois qu'il écrit depuis l'attentat, c'est beau, c'est émouvant et comme d'habitude c'est important : Mes si chers amis d’ici et d’ailleurs

mercredi 14 janvier 2015

L'association Coexister

Une association à connaitre et à soutenir et dont c'est l'anniversaire aujourd'hui.
Elle est composée de jeunes, juifs, chrétiens, musulmans, athées ou agnostiques au service de la cohésion sociale, du vivre-ensemble, de la lutte contre les préjugés, de la protection de la liberté religieuse, de la promotion de la liberté de conscience, de la rencontre et de la coopération interreligieuse.

Joyeux anniversaire à 


http://www.coexister.fr/











http://www.coexister.fr/

Charlie, une semaine après


Une semaine après, j'ai envie de partager quelques lectures et réflexions.
D'abord je pourrai dire que comme beaucoup de mes concitoyens, j'y étais :


 
1500 personnes à peu près dans une ville qui en compte environ 15000, le calcul est simple à faire : 10% de la population s'est déplacée, des jeunes, des moins jeunes, une foule diverse et puisque je connais les gens, j'ai aperçu aussi des personnes que je n'avais jamais vues battre le pavé. Et tout cela malgré le vent et la pluie, dans une atmosphère digne et recueillie. C'est réconfortant.

Ensuite on commence à voir de nombreuses analyses et incantations. Des politiciens parlent d'un Patriot Act à la française et de mesures sécuritaires alors que nous avons déjà tout l'arsenal juridique nécessaire ainsi que des services de renseignement et de police compétents et efficaces. Et pas plus tard que ce midi, un économiste tout en expliquant pourquoi il était normal que le CAC 40 ne soit pas affecté a parlé du laxisme de l’École et de la Justice.

Or, je fais partie de ceux qui pensent qu'on ne peut appliquer une grille de lecture unique et simpliste - en l’occurrence l'explication d'un islam radical en guerre contre un Occident aux valeurs déliquescentes libérales-libertaires - à des événements si complexes.

Je préfère cette analyse de Michael Löwy qui porte un autre regard sur les événements :
"Les uns et les autres essayent d’instaurer un climat de  « guerre des civilisations »,  selon la sinistre proposition de Samuel Huntington (un des architectes de la Guerre du Vietnam).  Il est urgent de rappeler que le vrai conflit de notre époque n’est pas entre  « l’Islam » et  « l’Occident »,  mais entre exploiteurs et exploités,  oppresseurs et opprimés,  et,  en dernière analyse,  entre les intérêts du capitalisme et ceux de l’humanité."

J'ai aussi expliqué pourquoi  #JeSuisCharlie dans un billet publié sur le site A la table des chrétiens de gauche et sur ce blog.
Je le suis d'autant plus lorsque je vois le nom de Charlie associée à l'expression "pseudo rebelle". Expression doublement inappropriée car ces journalistes étaient et restent authentiquement rebelles et  ils sont plus que ça. Quand quelqu'un meurt pour avoir défendu des idées de liberté, il est plus qu'un rebelle, il est un héros.

Mais il me semble que si certains n'aiment pas Charlie, ce n'est pas tant en raison de leurs dessins mais plutôt en raison de leurs convictions rappelées dans une tribune du Monde
"Charlie Hebdo est fils de Mai 68, de la liberté, de l'insolence, et de personnalités aussi clairement situées que Cavanna, Cabu, Wolinski, Reiser, Gébé, Delfeil de Ton…
Qui oserait leur faire un procès rétrospectif ? Le Charlie Hebdo des années 1970 aura aidé à former l'esprit critique d'une génération. En se moquant certes des pouvoirs et des puissants. En riant, et parfois à gorge déployée, des malheurs du monde, mais toujours, toujours, toujours en défendant la personne humaine et les valeurs universelles qui lui sont associées. [...]
Nous rions, nous critiquons, nous rêvons encore des mêmes choses. Ce n'est pas trahir un secret : l'équipe actuelle se partage entre tenants de la gauche, de l'extrême gauche, de l'anarchie et de l'écologie. Tous ne votent pas, mais tous ont sablé le champagne quand Nicolas Sarkozy a été battu en mai 2012.
Aucun d'entre nous ne songerait à défendre la droite, que nous combattrons jusqu'au bout. Quant aux fascismes, quant au fascisme, nous considérons évidemment cette engeance comme un ennemi définitif, qui ne s'est d'ailleurs jamais privé de nous traîner devant les tribunaux."

J'ai préféré et apprécié l'intelligence des Jésuites (pléonasme?) - je n'oublie pas que le pape est l'un des leurs - qui ont publié sur leur site des caricatures ciblant le catholicisme :
"Les réactions unanimes qui se sont manifestées, à droite comme à gauche, parmi les croyants comme parmi les incroyants, invitent à ne pas céder à la peur et à défendre une société plurielle.
Nous avons fait le choix de mettre en ligne quelques caricatures de Charlie Hebdo qui se rapportent au catholicisme. C’est un signe de force que de pouvoir rire de certains traits de l’institution à laquelle nous appartenons, car c’est une manière de dire que ce à quoi nous sommes attachés est au-delà des formes toujours transitoires et imparfaites. L’humour dans la foi est un bon antidote au fanatisme et à un esprit de sérieux ayant tendance à tout prendre au pied de la lettre."

Et c'est bien notre société, libre, ouverte sur le monde, qui était visée. C'est la France multiculturelle et plurielle que les terroristes ont voulu tuer la semaine dernière, la France "Black, Blanc, Beur"  :

Clarissa, Franck, Ahmed, les policiers morts en service

Les protestants libéraux sont sur cette même ligne de tolérance et de liberté :
"On a pu s’étonner que les assassins du 7 janvier ne s’en soient pas pris aux islamophobes et à leur pensée nauséabonde et si lucrative. On le sait désormais : les uns sont nécessaires aux autres. En cultivant la peur de l’Islam, ils arment les islamistes qui font vendre ceux qui, en échange, ravivent la peur. En revanche, en brisant à jamais les crayons de quelques joyeux drilles pour qui, à juste titre, rien n’est sacré, les fanatiques nient la liberté. Ils imposent un modèle religieux sans humour. Triste à en pleurer. Sans vie, figé, tyrannique.  Il nous faut, nous aussi, faire du Charlie Hebdo, et rappeler que Dieu seul est Dieu et que toutes nos paroles sur Dieu, pour y croire ou pour le nier, ne sont que des tentatives de vérité, des interprétations balbutiantes, des caricatures."

A propos de caricatures, on aurait bien tort de réduire Charlie à celles-ci. Car ce journal est en fait très sérieux, Charlie Hebdo, on ne le sait pas assez, ce sont des investigations. Et je pense notamment à toutes celles de Fabrice Nicolino concernant l'écologie, sur l'industrie chimique, sur l'industrie agro-alimentaire, le nucléaire. Cf. cette chronique sur Cattenom qui a encore connu un incident la semaine dernière...

Charb avait dessiné sur les questions de GPA : 

Tout comme Fabrice Nicolino s'était exprimé sur le mariage pour tous :
"Deux petits mots quand même. Un, il est désolant que la question de la filiation, fondamentale, fasse l’objet des habituelles éructations idéologiques. Il est encore heureux qu’on puisse défendre l’égalité, et considérer l’homophobie comme un racisme d’une part, et d’autre part contester ce qui est d’évidence une opération politicienne d’un gouvernement en perdition. Cette manière d’opposer supposés progressistes et soi-disant réactionnaires est un truc. Une pure et simple arnaque. Deux, l’écologie telle que je la comprends est une révolution de l’esprit. Elle contredit l’hyperindividualisme qui est au fondement de notre société industrielle. L’individu aurait tous les droits. Celui de changer de machine toutes les vingt secondes, celui de tuer un cerf s’il en a le goût, celui de prendre l’avion plus souvent qu’il n’embrasse son fils, celui d’enfanter à 98 ans, celui de se voir greffer un deuxième cerveau et une huitième main, etc. L’écologie telle que je la pense est la découverte des limites. Y compris celles du désir. Y compris celles de sa satisfaction. C’est d’autant plus chiant que j’entends pour ma part rester sur le terrain de la liberté, de l’égalité et de la fraternité."

Et à propos de notre devise républicaine, je terminerai sur ces quelques lignes de notre Constitution :
"La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances.
et que Luz a formulé avec ses mots lors de la conférence de presse de cet après-midi : 
"Je suis Charlie, je suis flic, je suis juif, je suis musulman, et je suis aussi athée".


Billet rédigé en mémoire de  :
Frédéric Boisseau
Philippe Braham
Franck Brinsolaro
Jean Cabut, dit Cabu 
Elsa Cayat
Stéphane Charbonnier, dit Charb
Yohan Cohen
Yoav Hattab 
Philippe Honoré, dit Honoré
Clarissa Jean-Philippe
Bernard Maris dit Oncle Bernard
Ahmed Merabet
Mustapha Ourrad
Michel Renaud
François-Michel Saada 
Bernard Verlhac, dit Tignous  
Georges Wolinski






samedi 10 janvier 2015

Communiqué du CFCM

Certains blogueurs de la droite catholique semblent réclamer des prises de position de nos compatriotes de confession musulmane. 
Qu'ils soient rassurés, en voici :

Communiqué du 8 janvier 2015 : Attentat Charlie Hebdo

L’ensemble des organisations musulmanes de France (FGMP, RMF, UOIF, CCMTF, FFAICA, Mosquée Saint Denis de l’lle de la Réunion, CIMG France) réuni ce jour à la Grande Mosquée de Paris à l’initiative du Président du Conseil Français du Culte Musulman, répondant à l’appel solennel du Président de la République à l’unité nationale et à la responsabilité des organisations religieuses :
1- invite les citoyens musulmans de France  à observer ce jour à midi une minute de silence avec l’ensemble de la Nation en mémoire des victimes du terrorisme qui a frappé avec une violence exceptionnelle le journal Charlie Hebdo ;
2- appelle les imams de toutes les mosquées de France à condamner avec la plus grande fermeté la violence et le terrorisme d’où qu’ils viennent, lors du prône de la grande prière du vendredi ;
3- appelle les fidèles musulmans à l’issue de la prière du vendredi à observer un rassemblement digne et silencieux à la mémoire de nos compatriotes, victimes du terrorisme ;
4- appelle les citoyens de confession musulmane à rejoindre massivement la manifestation nationale de dimanche 11 janvier 2015 pour affirmer leur désir de vivre ensemble en paix dans le respect des valeurs de la République.
Les organisations musulmanes profondément choquées et attristées par l’assassinat de nos compatriotes journalistes et policiers s’associent et compatissent à la douleur des familles des victimes et veulent témoigner de leur solidarité nationale et citoyenne devant l’ampleur de ce drame.
Fait à Paris, le 8 janvier 2015
Dr Dalil BOUBAKEUR
Président  du CFCM



Qui est Charlie ?

Ce billet rédigé pour le blog A la table des chrétiens de gauche


Être ou ne pas être Charlie ? Deux blogueurs, Patrick Pique et Lepetitchose, aux histoires et aux références de génération différentes, ont choisi d’écrire ensemble, comme un dialogue, pourquoi l’une ne se reconnait pas dans ce slogan et pourquoi l’autre s’y retrouve.

Capture d’écran 2015-01-09 à 21.20.45

#JeSuisCharlie :
- Parce que je suis républicain, que j’aime la République : les terroristes en s’attaquant à un journal ont attaqué la liberté de la presse, un des fondements de notre démocratie…
- Parce que j’ai cru en écoutant de mauvaises sirènes, qu’à Charlie Hebdo, leurs provocations étaient vénales, honte à moi. Je sais depuis hier qu’elles étaient de pures odes à la Liberté et qu’ils ont risqué leur vie pour les défendre, et qu’ils sont allés jusqu’au sacrifice ultime. En ces temps de commémoration du Centenaire de la Première Guerre Mondiale, nous avons depuis hier de nouveaux modèles de héros.
- Parce que Charlie Hebdo est authentiquement écolo : la vraie écologie, celle qui nous vient des Illich, Ellul, Dumont, Charbonneau,… et non pas celle des faussaires de l’écologie humaine ou celle dite intégrale qui déteste la République et son École.
- Parce que sans les articles et les bouquins de Fabrice Nicolino, mon blog serait moins bien alimenté.
- Parce que je n’aime pas les religions quand elles font souffrir les consciences et qu’elles instillent le poison de la culpabilité dans l’âme humaine en oubliant que Dieu est bon et miséricordieux.
- Parce que ça emmerde les cathos de droite la droite.
- Parce que Jésus a fini sur une croix, accusé de blasphème.
- Parce que le 11 septembre 2001, j’étais américain.
- Parce qu’en octobre 2007, j’ai croisé Cabu à Saint-Dié-des-Vosges (c’est dans les Vosges, en France, comme le nom l’indique) : je lui avais demandé une dédicace pour un livre de caricatures que je voulais offrir à ma femme. En guise de signature, il a fait sous mes yeux un dessin original personnalisé, sur le président de l’époque… et ma femme (c’était l’époque du départ de Cécilia). Il avait les yeux pétillants d’un gamin qui faisait une bonne blague et il était tout content de voir ma réaction satisfaite et amusée. Un type visiblement fondamentalement gentil, accessible, humain… Je soupçonne que les autres devaient être pareils. Heureusement, tous n’ont pas rejoint le Père hier…
- Parce que le nom de Wolinski m’évoque le 10 mai 1981 avec la victoire de Mitterrand que la droite n’a jamais supportée.
- Parce que Fabrice Nicolino me répond toujours lorsque je lui pose une question sur son blog et que lui aussi a l’air est gentil.
- Parce que j’aime bien les journalistes quand ils ne m’énervent pas.
- Parce que Caroline Fourest est insupportable mais en ce moment elle dit des choses intéressantes et pertinentes pour une fois.
- Parce que ma femme a affiché le dessin de Cabu dans la cuisine et que maintenant je pleure à chaque fois que je le vois.
- Parce que certains politiciens voulaient effacer l’héritage de mai 68.
- Parce que s’ils ne m’ont pas fait rire à chaque fois, ils m’ont fait réfléchir, toujours.
- Parce qu’ils n’ont jamais injurié ni craché sur ma religion : ils ont plutôt éprouvé ma foi. Je n’aurais jamais du être choqué par ces connards et leurs dessins. Homme de peu de foi que j’étais, c’est un miroir qu’ils me tendaient. C’est ma réaction qui n’était pas digne du Christ.
- Parce que Benoît XVI a renoncé non pas à cause de leurs caricatures mais en raison de basses manœuvres au Vatican de la part de… catholiques et non des moindres ?…
- Parce que François a demandé lors des vœux à la Curie d’arrêter de faire la gueule et d’avoir de l’humour… (cf. la maladie n° 12, à ce propos en profiter pour réciter tous les jours la prière de Saint Thomas More comme le pape François)
- Parce que ça ne se fait pas de tirer sur des gens désarmés, ils n’ont pu que tendre l’autre joue leur stylo… c’est comme si on laissait mourir de faim des enfants dans les pays en développement ou mourir de froid des SDF en France…
- Parce que Val, Siné, Renaud, Cavanna, et tant d’autres…
- Parce que ça a choqué ma maman… et pourtant elle n’aime pas la vulgarité.
- Parce que je suis contre le nucléaire et pour le partage du travail.
- Parce que j’ai commencé cette année en ayant la pêche, je commençais à être reconnu comme musicien, j’étais content et là ça m’a scié les pattes…
- Parce que je n’aurai jamais leur courage…
- parce que… épicétou !

Je ne suis pas #Charlie :
- Parce que je suis pour la liberté d’expression et que celle-ci me permet de ne pas m’identifier à un journal que je n’ai jamais trouvé drôle, et qui avait un parti-pris limitant, dans ces pages-mêmes, la liberté d’une autre expression que sa ligne éditoriale.
- Parce que les journalistes qui y travaillaient étaient autrement meilleurs que moi : dans leur dessin, ils savaient croquer leurs idées et leurs opinions comme jamais je n’y arriverai ; dans leur propos, ils savaient affûter leurs mots pour poser leur vision du monde, celle qu’ils ont défendu jusqu’à la mort, comme jamais je n’aurais les doigts – et peut-être le courage – de le faire ; dans leur métier, ils étaient engagés corps, âme et esprit comme aujourd’hui je n’ai pas encore appris à m’engager.
- Parce que si Charlie Hebdo était visé, ceux qui sont tombés sous les balles étaient multiples, avaient des parcours différents, des façons de vivre leur métier différemment les uns et des autres, des professions diverses aussi, et que je ne suis pas sure qu’un seul prénom puisse recouvrir toute cette richesse.
- Parce que dans une société en quête de symbole, ce « Charlie » est appelé à en devenir un uniquement parce que le nombre de morts concernés a dépassé le « stade fatidique » de préoccupation de la population. Et qu’il révèle à mes yeux un problème profond, celui qu’on ne sait plus investir les symboles existants déjà qui disent la même chose : fraternité, liberté.
- Parce qu’au fond, j’aurai aimé avoir leurs convictions chevillées aux tripes au point d’aller travailler des années sous protection policière mais que je ne suis finalement qu’un mi-cuit. C’est bon aussi le mi-cuit, mais ce n’est pas la même recette qu’un baba au rhum flambé, imbibé de ses croyances, intraitable dans la solidité de sa pâte, compact face à l’adversité, enflammé par ses convictions sans avoir peur de brûler autour de lui.
- Parce qu’à moi, personnellement, ça ne parle pas. Mais ça ne veut pas dire que je suis « contre » ceux qui sont Charlie. Ou que je ne reconnais pas dans leur affiliation des raisons qui résonnent en moi. Bien au contraire (et je choisis de ne pas écouter ni lire les crétins qui font du slogan #JeNeSuisPasCharlie – non utilisé à dessein dans ce billet – un ralliement contre Charlie Hebdo)(aujourd’hui est le meilleur moment pour ne pas donner d’audience ou de « clic » à ceux-là). D’ailleurs, même ma maman est « Charlie » et j’ai aimé ce qu’elle m’en a dit : « J’ai affiché l’image dans la salle d’attente de mon cabinet, parce que pour moi ça veut dire à mes patients : venez comme vous êtes, tous êtes accueillis. »
Patrick Pique et Lepetitchose

mercredi 7 janvier 2015

Charlie Hebdo


Je fais miens ces communiqués, ceux de l’Église catholique de France, de la Fédération protestante de France et des évêques orthodoxes de France  :



logo_cef_guideL’Église en France condamne et rappelle l’exigence de la fraternité
La Conférence des Évêques de France tient à exprimer sa profonde émotion et l’horreur que provoque l’attentat perpétré au siège du journal Charlie Hebdo.
A l’heure actuelle, ce sont 12 personnes qui ont été assassinées lors d’une attaque organisée tandis que plusieurs autres sont encore entre la vie et la mort.
L’Église en France adresse d’abord ses pensées aux familles et aux proches des victimes qui se trouvent face à l’horreur et à l’incompréhension. Elle assure aussi la rédaction et l’équipe de Charlie Hebdo de sa grande tristesse.
Une telle terreur est évidemment inqualifiable.
Rien ne peut justifier une telle violence.
Elle touche de plus la liberté d’expression, élément fondamental de notre société.
Cette société, constituée de diversités de toutes sortes, doit travailler sans cesse à la construction de la paix et de la fraternité. La barbarie ainsi exprimée dans cet assassinat nous blesse tous.
Dans cette situation où la colère peut nous envahir, nous devons plus que jamais redoubler d’attention à la fraternité fragilisée et à la paix toujours à consolider.
Mgr Olivier Ribadeau Dumas
Secrétaire général de la Conférence des Évêques de France, Porte-parole.


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Au moment où un horrible attentat perpétré dans les locaux du journal Charlie Hebdo a fait au moins 12 victimes dont 10 journalistes et deux policiers, nous voulons exprimer ici notre plus vive émotion et surtout notre affection et notre solidarité pour les victimes, leurs familles, leurs proches, leurs amis.
Au nom du protestantisme français, nous exprimons notre révolte et nous condamnons cet acte odieux qui touche nos coeurs et nos consciences.
Jamais nous ne laisserons des hommes être ainsi lâchement assassinés sans réagir, ni rappeler combien la vie humaine est précieuse aux yeux de Dieu, et nous affirmons qu’aucune justification n’a de raison d’être à cet égard qui pourrait se prévaloir d’une religion quelle qu’elle soit.
Nous redisons que la République laïque et ses valeurs, notamment la liberté de conscience, la démocratie et la liberté de la presse demeurent pour nous au fondement de notre vivre ensemble.
François Clavairoly
Président de la Fédération protestante de France

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Paris, le 7 janvier 2015 ---
Les évêques orthodoxes de France condamnent avec la plus grande fermeté l'attentat ignoble et barbare perpétré sur le sol national aujourd'hui, en plein cœur de Paris. De surcroit, cet acte visait des personnes innocentes qui se réunissaient dans le cadre d'une conférence de rédaction d'un média national, et donc par ce biais, était visée la liberté de la presse et d'expression, une des libertés fondamentales de notre République. Cet attentat abject cherche à semer la terreur, le doute et la division. Il appelle donc, aujourd'hui, plus que jamais, les différentes composantes sociopolitiques et religieuses de notre pays à clamer haut et fort l'unité et la cohésion nationales face à la barbarie et à réaffirmer, avec les autorités publiques de notre pays, la primauté du vivre ensemble dans le respect de l'ordre public républicain et ce, sur toutes autres considérations. Il convient également de rester extrêmement vigilant pour faire échec ensemble à toutes les tentatives d'instrumentalisation de la religion à des fins politiques et terroristes. Aucune religion ne peut accepter de verser aussi lâchement le sang des innocents. Les évêques orthodoxes de France expriment leur plus profonde solidarité et compassion avec toutes les victimes et les personnes touchées ou meurtries par cet attentat et avec leur famille.



vendredi 2 janvier 2015

Les voeux de Nouvelle Donne

En 2015, les citoyens feront entendre leur voix ! Reprendre la main sur nos destins, ensemble. Bonne année à toutes et à tous !

En 2015, les citoyens feront entendre leur voix ! Reprendre la main sur nos destins, ensemble. Bonne année à toutes et à tous !

jeudi 1 janvier 2015

48ème journée mondiale de la Paix, message du pape François




« Pope Francis South Korea 2014 » par Korea.net / Korean Culture and Information Service (Jeon Han)

MESSAGE DU PAPE
FRANÇOIS

1er JANVIER 2015
NON PLUS ESCLAVES, MAIS FRÈRES

1. Au début d’une nouvelle année, que nous accueillons comme une grâce et un don de Dieu à l’humanité, je désire adresser à chaque homme et femme, ainsi qu’à chaque peuple et à chaque nation du monde, aux Chefs d’État et de Gouvernement ainsi qu’aux responsables des diverses religions, mes vœux fervents de paix, que j’accompagne de ma prière afin que cessent les guerres, les conflits et les nombreuses souffrances provoqués soit par la main de l’homme soit par de vieilles et nouvelles épidémies comme par les effets dévastateurs des calamités naturelles. Je prie de manière particulière pour que, répondant à notre vocation commune de collaborer avec Dieu et avec tous les hommes de bonne volonté pour la promotion de la concorde et de la paix dans le monde, nous sachions résister à la tentation de nous comporter de manière indigne de notre humanité.
Dans le message pour le 1er janvier dernier, j’avais observé qu’au « désir d’une vie pleine… appartient une soif irrépressible de fraternité, qui pousse vers la communion avec les autres, en qui nous ne trouvons pas des ennemis ou des concurrents, mais des frères à accueillir et à embrasser »[1]. L’homme étant un être relationnel, destiné à se réaliser dans le contexte de rapports interpersonnels inspirés par la justice et la charité, il est fondamental pour son développement que soient reconnues et respectées sa dignité, sa liberté et son autonomie. Malheureusement, le fléau toujours plus répandu de l’exploitation de l’homme par l’homme blesse gravement la vie de communion et la vocation à tisser des relations interpersonnelles empreintes de respect, de justice et de charité. Cet abominable phénomène, qui conduit à piétiner la dignité et les droits fondamentaux de l’autre et à en anéantir la liberté et la dignité, prend de multiples formes sur lesquelles je désire réfléchir brièvement, afin que, à la lumière de la Parole de Dieu, nous puissions considérer tous les hommes « non plus esclaves, mais frères ».
À l’écoute du projet de Dieu sur l’humanité.
2. Le thème que j’ai choisi pour le présent message rappelle la Lettre de saint Paul à Philémon, dans laquelle l’Apôtre demande à son collaborateur d’accueillir Onésime, autrefois esclave de Philémon et maintenant devenu chrétien, et donc, selon Paul, digne d’être considéré comme un frère. Ainsi, l’Apôtre des gentils écrit : « Il t’a été retiré pour un temps qu’afin de t’être rendu pour l’éternité, non plus comme un esclave, mais bien mieux qu’un esclave, comme un frère très cher » (Phm 1, 15-16). Onésime est devenu frère de Philémon en devenant chrétien. Ainsi la conversion au Christ, le début d’une vie de disciple dans le Christ, constitue une nouvelle naissance (cf. 2 Co 5, 17 ; 1 P 1, 3) qui régénère la fraternité comme lien fondateur de la vie familiale et fondement de la vie sociale.
Quand, dans le Livre de la Genèse (cf. 1, 27-28), nous lisons que Dieu créa l’homme homme et femme et les bénit, afin qu’ils grandissent et se multiplient, il fit d’Adam et d’Êve des parents qui, en accomplissant la bénédiction de Dieu d’être féconds et de se multiplier, ont généré la première fraternité, celle de Caïn et Abel. Caïn et Abel sont frères, parce qu’ils viennent du même sein, et donc ils ont la même origine, la même nature et la même dignité que leurs parents, créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.
Mais la fraternité exprime aussi la multiplicité et la différence qui existent entre les frères, bien que liés par la naissance et ayant la même nature et la même dignité. En tant que frères et sœurs, toutes les personnes sont donc par nature en relation avec les autres, dont elles se différencient mais avec lesquelles elles partagent la même origine, la même nature et la même dignité. C’est en raison de cela que la fraternité constitue le réseau de relations fondamentales pour la construction de la famille humaine créée par Dieu.
Malheureusement, entre la première création racontée dans le Livre de la Genèse et la nouvelle naissance dans le Christ, qui rend les croyants frères et sœurs du «premier-né d’une multitude de frères» (Rm 8, 29), il y a la réalité négative du péché qui, à plusieurs reprises, rompt la fraternité issue de la création et déforme continuellement la beauté et la noblesse du fait d’être frères et sœurs de la même famille humaine. Non seulement Caïn ne supporte pas son frère Abel, mais il le tue par envie en commettant le premier fratricide. « Le meurtre d’Abel par Caïn atteste tragiquement le rejet radical de la vocation à être frères. Leur histoire (cf. Gn 4, 1-16) met en évidence la tâche difficile à laquelle tous les hommes sont appelés, de vivre unis, en prenant soin l’un de l’autre »[2].
Pareillement, dans l’histoire de la famille de Noé et de ses fils (cf. Gn 9, 18-27), c’est l’impiété de Cham à l’égard de son père Noé qui pousse celui-ci à maudire le fils irrévérencieux et à bénir les autres, ceux qui l’avaient honoré, en créant ainsi une inégalité entre frères nés du même sein.
Dans le récit des origines de la famille humaine, le péché d’éloignement de Dieu, de la figure du père et du frère devient une expression du refus de la communion et se traduit par la culture de l’asservissement (cf. Gn 9, 25-27), avec les conséquences que cela implique et qui se prolongent de génération en génération : refus de l’autre, maltraitance des personnes, violation de la dignité et des droits fondamentaux, institutionnalisation d’inégalités. D’où la nécessité d’une continuelle conversion à l’Alliance, accomplie par l’oblation du Christ sur la croix, confiants que « là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé… par Jésus Christ Notre Seigneur » (Rm 5, 20.21). Lui, le « Fils aimé » (cf. Mt 3, 17), est venu révéler l’amour du Père pour l’humanité. Quiconque écoute l’Évangile et répond à l’appel à la conversion devient pour Jésus « un frère, une sœur et une mère » (Mt 12, 50), et par conséquent fils adoptif de son Père (cf. Ep 1, 5).
On ne devient cependant pas chrétien, fils du Père et frères dans le Christ, par une disposition divine autoritaire, sans l’exercice de la liberté personnelle, c’est-à-dire sans se convertir librement au Christ. Le fait d’être fils de Dieu suit l’impératif de la conversion : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour le pardon de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit » (Ac 2, 38). Tous ceux qui ont répondu, par la foi et dans la vie, à cette prédication de Pierre sont entrés dans la fraternité de la première communauté chrétienne (cf. 1 P 2, 17 ; Ac 1, 15.16 ; 6, 3 ; 15, 23) : juifs et grecs, esclaves et hommes libres (cf. 1 Co 12, 13 ; Ga 3, 28), dont la diversité d’origine et de condition sociale ne diminue pas la dignité propre à chacun ni n’exclut personne de l’appartenance au peuple de Dieu. La communauté chrétienne est donc le lieu de la communion vécue dans l’amour entre les frères (cf. Rm 12, 10 ; 1 Th 4, 9 ; He 13, 1 ; 1 P 1, 22 ; 2 P 1, 7).
Tout cela démontre que la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, par qui Dieu fait « toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5)[3], est aussi capable de racheter les relations entre les hommes, y compris celle entre un esclave et son maître, en mettant en lumière ce que tous deux ont en commun : la filiation adoptive et le lien de fraternité dans le Christ. Jésus lui-même a dit à ses disciples : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; mais je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître » (Jn 15, 15).
Les multiples visages de l’esclavage hier et aujourd’hui
3. Depuis les temps immémoriaux, les diverses sociétés humaines connaissent le phénomène de l’asservissement de l’homme par l’homme. Il y a eu des époques dans l’histoire de l’humanité où l’institution de l’esclavage était généralement acceptée et régulée par le droit. Ce dernier établissait qui naissait libre et qui, au contraire, naissait esclave, et également dans quelles conditions la personne, née libre, pouvait perdre sa liberté ou la reconquérir. En d’autres termes, le droit lui-même admettait que certaines personnes pouvaient ou devaient être considérées comme la propriété d’une autre personne, laquelle pouvait en disposer librement ; l’esclave pouvait être vendu et acheté, cédé et acquis comme s’il était une marchandise.
Aujourd’hui, suite à une évolution positive de la conscience de l’humanité, l’esclavage, crime de lèse- humanité[4], a été formellement aboli dans le monde. Le droit de chaque personne à ne pas être tenue en état d’esclavage ou de servitude a été reconnu dans le droit international comme norme contraignante.
Et pourtant, bien que la communauté internationale ait adopté de nombreux accords en vue de mettre un terme à l’esclavage sous toutes ses formes, et mis en marche diverses stratégies pour combattre ce phénomène, aujourd’hui encore des millions de personnes – enfants, hommes et femmes de tout âge – sont privées de liberté et contraintes à vivre dans des conditions assimilables à celles de l’esclavage.
Je pense aux nombreux travailleurs et travailleuses, même mineurs, asservis dans les divers secteurs, au niveau formel et informel, du travail domestique au travail agricole, de l’industrie manufacturière au secteur minier, tant dans les pays où la législation du travail n’est pas conforme aux normes et aux standards minimaux internationaux que, même illégalement, dans les pays où la législation protège le travailleur.
Je pense aussi aux conditions de vie de nombreux migrants qui, dans leur dramatique parcours, souffrent de la faim, sont privés de liberté, dépouillés de leurs biens ou abusés physiquement et sexuellement. Je pense à ceux d’entre eux qui, arrivés à destination après un voyage dans des conditions physiques très dures et dominé par la peur et l’insécurité, sont détenus dans des conditions souvent inhumaines. Je pense à ceux d’entre eux que les diverses circonstances sociales, politiques et économiques poussent à vivre dans la clandestinité, et à ceux qui, pour rester dans la légalité, acceptent de vivre et de travailler dans des conditions indignes, spécialement quand les législations nationales créent ou permettent une dépendance structurelle du travailleur migrant par rapport à l’employeur, en conditionnant, par exemple, la légalité du séjour au contrat de travail… Oui, je pense au « travail esclave ».
Je pense aux personnes contraintes de se prostituer, parmi lesquelles beaucoup sont mineures, et aux esclaves sexuels ; aux femmes forcées de se marier, à celles vendues en vue du mariage ou à celles transmises par succession à un membre de la famille à la mort du mari sans qu’elles aient le droit de donner ou de ne pas donner leur propre consentement.
Je ne peux pas ne pas penser à tous ceux qui, mineurs ou adultes, font l’objet de trafic et de commerce pour le prélèvement d’organes, pour être enrôlés comme soldats, pour faire la mendicité, pour des activités illégales comme la production ou la vente de stupéfiants, ou pour des formes masquées d’adoption internationale.
Je pense enfin à tous ceux qui sont enlevés et tenus en captivité par des groupes terroristes, asservis à leurs fins comme combattants ou, surtout en ce qui concerne les jeunes filles et les femmes, comme esclaves sexuelles. Beaucoup d’entre eux disparaissent, certains sont vendus plusieurs fois, torturés, mutilés, ou tués.
Quelques causes profondes de l’esclavage
4. Aujourd’hui comme hier, à la racine de l’esclavage, il y a une conception de la personne humaine qui admet la possibilité de la traiter comme un objet. Quand le péché corrompt le cœur de l’homme, et l’éloigne de son Créateur et de ses semblables, ces derniers ne sont plus perçus comme des êtres d’égale dignité, comme frères et sœurs en humanité, mais sont vus comme des objets. La personne humaine, créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, par la force, par la tromperie ou encore par la contrainte physique ou psychologique, est privée de sa liberté, commercialisée, réduite à être la propriété de quelqu’un, elle est traitée comme un moyen et non comme une fin.
À côté de cette cause ontologique – refus de l’humanité dans l’autre –, d’autres causes concourent à expliquer les formes contemporaines d’esclavage. Parmi elles, je pense surtout à la pauvreté, au sous-développement et à l’exclusion, spécialement quand ils se combinent avec le manque d’accès à l’éducation ou avec une réalité caractérisée par de faibles, sinon inexistantes, opportunités de travail. Fréquemment, les victimes de trafic et de d’asservissement sont des personnes qui ont cherché une manière de sortir d’une condition de pauvreté extrême, en croyant souvent à de fausses promesses de travail, et qui au contraire sont tombées entre les mains de réseaux criminels qui gèrent le trafic d’êtres humains. Ces réseaux utilisent habilement les technologies informatiques modernes pour appâter des jeunes, et des très jeunes, partout dans le monde.
De même, la corruption de ceux qui sont prêts à tout pour s’enrichir doit être comptée parmi les causes de l’esclavage. En effet, l’asservissement et le trafic des personnes humaines requièrent une complicité qui souvent passe par la corruption des intermédiaires, de certains membres des forces de l’ordre ou d’autres acteurs de l’État ou de diverses institutions, civiles et militaires. « Cela arrive quand au centre d’un système économique se trouve le dieu argent et non l’homme, la personne humaine. Oui, au centre de tout système social ou économique doit se trouver la personne, image de Dieu, créée pour être le dominateur de l’univers. Quand la personne est déplacée et qu’arrive le dieu argent se produit ce renversement des valeurs »[5].
D’autres causes de l’esclavage sont les conflits armés, les violences, la criminalité et le terrorisme. De nombreuses personnes sont enlevées pour être vendues, ou enrôlées comme combattantes, ou bien exploitées sexuellement, tandis que d’autres sont contraintes à émigrer, laissant tout ce qu’elles possèdent : terre, maison, propriétés, ainsi que les membres de la famille. Ces dernières sont poussées à chercher une alternative à ces conditions terribles, même au risque de leur dignité et de leur survie, en risquant d’entrer ainsi dans ce cercle vicieux qui en fait une proie de la misère, de la corruption et de leurs pernicieuses conséquences.
Un engagement commun pour vaincre l’esclavage.
5. Souvent, en observant le phénomène de la traite des personnes, du trafic illégal des migrants et d’autres visages connus et inconnus de l’esclavage, on a l’impression qu’il a lieu dans l’indifférence générale.
Si, malheureusement, cela est vrai en grande partie, je voudrais cependant rappeler l’immense travail silencieux que de nombreuses congrégations religieuses, surtout féminines, réalisent depuis de nombreuses années en faveur des victimes. Ces instituts œuvrent dans des contextes difficiles, dominés parfois par la violence, en cherchant à briser les chaînes invisibles qui lient les victimes à leurs trafiquants et exploiteurs ; des chaînes dont les mailles sont faites de mécanismes psychologiques subtils qui rendent les victimes dépendantes de leurs bourreaux par le chantage et la menace, pour eux et leurs proches, mais aussi par des moyens matériels, comme la confiscation des documents d’identité et la violence physique. L’action des congrégations religieuses s’articule principalement autour de trois actions : le secours aux victimes, leur réhabilitation du point de vue psychologique et de la formation, et leur réintégration dans la société de destination ou d’origine.
Cet immense travail, qui demande courage, patience et persévérance, mérite l’estime de toute l’Église et de la société. Mais à lui seul, il ne peut naturellement pas suffire pour mettre un terme au fléau de l’exploitation de la personne humaine. Il faut aussi un triple engagement, au niveau institutionnel, de la prévention, de la protection des victimes et de l’action judiciaire à l’égard des responsables. De plus, comme les organisations criminelles utilisent des réseaux globaux pour atteindre leurs objectifs, de même l’engagement pour vaincre ce phénomène requiert un effort commun et tout autant global de la part des divers acteurs qui composent la société.
Les États devraient veiller à ce que leurs propres législations nationales sur les migrations, sur le travail, sur les adoptions, sur la délocalisation des entreprises et sur la commercialisation des produits fabriqués grâce à l’exploitation du travail soient réellement respectueuses de la dignité de la personne. Des lois justes sont nécessaires, centrées sur la personne humaine, qui défendent ses droits fondamentaux et les rétablissent s’ils sont violés, en réhabilitant la victime et en assurant sa sécurité, ainsi que des mécanismes efficaces de contrôle de l’application correcte de ces normes, qui ne laissent pas de place à la corruption et à l’impunité. Il est aussi nécessaire que soit reconnu le rôle de la femme dans la société, en œuvrant également sur le plan de la culture et de la communication pour obtenir les résultats espérés.
Les organisations intergouvernementales, conformément au principe de subsidiarité, sont appelées à prendre des initiatives coordonnées pour combattre les réseaux transnationaux du crime organisé qui gèrent la traite des personnes humaines et le trafic illégal des migrants. Une coopération à divers niveaux devient nécessaire, qui inclue les institutions nationales et internationales, ainsi que les organisations de la société civile et le monde de l’entreprise.
Les entreprises[6], en effet, ont le devoir de garantir à leurs employés des conditions de travail dignes et des salaires convenables, mais aussi de veiller à ce que des formes d’asservissement ou de trafic de personnes humaines n’aient pas lieu dans les chaînes de distribution. La responsabilité sociale de l’entreprise est accompagnée par la responsabilité sociale du consommateur. En effet, chaque personne devrait avoir conscience qu’« acheter est non seulement un acte économique mais toujours aussi un acte moral »[7].
Les organisations de la société civile, de leur côté, ont le devoir de sensibiliser et de stimuler les consciences sur les pas nécessaires pour contrecarrer et éliminer la culture de l’asservissement.
Ces dernières années, le Saint-Siège, en accueillant le cri de douleur des victimes du trafic et la voix des congrégations religieuses qui les accompagnent vers la libération, a multiplié les appels à la communauté internationale afin que les différents acteurs unissent leurs efforts et coopèrent pour mettre un terme à ce fléau[8]. De plus, certaines rencontres ont été organisées dans le but de donner une visibilité au phénomène de la traite des personnes et de faciliter la collaboration entre divers acteurs, dont des experts du monde académique et des organisations internationales, des forces de l’ordre de différents pays de provenance, de transit et de destination des migrants, et des représentants des groupes ecclésiaux engagés en faveur des victimes. Je souhaite que cet engagement continue et se renforce dans les prochaines années.
Globaliser la fraternité, non l’esclavage ni l’indifférence
6. Dans son œuvre d’« annonce de la vérité de l’amour du Christ dans la société »[9], l’Église s’engage constamment dans les actions de caractère caritatif à partir de la vérité sur l’homme. Elle a la tâche de montrer à tous le chemin vers la conversion, qui amène à changer le regard sur le prochain, à reconnaître dans l’autre, quel qu’il soit, un frère et une sœur en humanité, à en reconnaître la dignité intrinsèque dans la vérité et dans la liberté, comme nous l’illustre l’histoire de Joséphine Bakhita, la sainte originaire de la région du Darfour au Soudan, enlevée par des trafiquants d’esclaves et vendue à des maîtres terribles dès l’âge de neuf ans, et devenue ensuite, à travers de douloureux événements, ‘‘libre fille de Dieu’’ par la foi vécue dans la consécration religieuse et dans le service des autres, spécialement des petits et des faibles. Cette sainte, qui a vécu entre le XIXème et le XXème siècle, est aujourd’hui un témoin et un modèle d’espérance[10] pour les nombreuses victimes de l’esclavage, et elle peut soutenir les efforts de tous ceux qui se consacrent à la lutte contre cette « plaie dans le corps de l’humanité contemporaine, une plaie dans la chair du Christ »[11].
Dans cette perspective, je désire inviter chacun, dans son rôle et dans ses responsabilités particulières, à faire des gestes de fraternité à l’égard de ceux qui sont tenus en état d’asservissement. Demandons-nous comment, en tant que communauté ou comme individus, nous nous sentons interpellés quand, dans le quotidien, nous rencontrons ou avons affaire à des personnes qui pourraient être victimes du trafic d’êtres humains, ou quand nous devons choisir d’acheter des produits qui peuvent, en toute vraisemblance, avoir été fabriqués par l’exploitation d’autres personnes. Certains d’entre nous, par indifférence ou parce qu’assaillis par les préoccupations quotidiennes, ou pour des raisons économiques, ferment les yeux. D’autres, au contraire, choisissent de faire quelque chose de positif, de s’engager dans les associations de la société civile ou d’effectuer de petits gestes quotidiens – ces gestes ont tant de valeur ! – comme adresser une parole, une salutation, un « bonjour », ou un sourire, qui ne nous coûtent rien mais qui peuvent donner l’espérance, ouvrir des voies, changer la vie d’une personne qui vit dans l’invisibilité, et aussi changer notre vie par la confrontation à cette réalité.
Nous devons reconnaître que nous sommes en face d’un phénomène mondial qui dépasse les compétences d’une seule communauté ou nation. Pour le combattre, il faut une mobilisation de dimensions comparables à celles du phénomène lui-même. Pour cette raison, je lance un appel pressant à tous les hommes et à toutes les femmes de bonne volonté, et à tous ceux qui, de près ou de loin, y compris aux plus hauts niveaux des institutions, sont témoins du fléau de l’esclavage contemporain, à ne pas se rendre complices de ce mal, à ne pas détourner le regard face aux souffrances de leurs frères et sœurs en humanité, privés de la liberté et de la dignité, mais à avoir le courage de toucher la chair souffrante du Christ[12], qui se rend visible à travers les innombrables visages de ceux que Lui-même appelle « ces plus petits de mes frères » (Mt 25, 40.45).
Nous savons que Dieu demandera à chacun de nous : Qu’as-tu fait de ton frère ? (cf. Gn 4, 9-10). La mondialisation de l’indifférence, qui aujourd’hui pèse sur les vies de beaucoup de sœurs et de frères, requiert que nous nous fassions tous les artisans d’une mondialisation de la solidarité et de la fraternité, qui puisse leur redonner l’espérance, et leur faire reprendre avec courage le chemin à travers les problèmes de notre temps et les perspectives nouvelles qu’il apporte et que Dieu met entre nos mains.
Du Vatican, le 8 décembre 2014.
FRANCISCUS

[1] N. 1.
[3] Cf. Exhort. ap., Evangelii gaudium, n. 11.
[4] Cf. Discours à la Délégation internationale de l’Association de Droit Pénal, 23 octobre 2014 : L’Osservatore Romano, ed. fr., n. 3.353 (30 oct. 2014), p. 8.
[5] Discours aux Participants à la Rencontre mondiale des Mouvements populaires, 28 octobre 2014 : L’Osservatore Romano, ed. fr., n. 3.353 (30 oct. 2014), p. 6.
[6] Cf. Conseil Pontifical ‘‘Justice et Paix’’, La vocation du dirigeant d’entreprise. Une réflexion, Milan et Rome, 2013.
[7] Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate, n. 66.
[8] Cf. Message à M. Guy Ryder, Directeur Général de l’Organisation Internationale du Travail, à l’occasion de la 103ème session de la Conférence de l’Organisation Internationale du Travail (Genève, 28 mai-12 juin 2014), 22 mai 2014 : L’Osservatore Romano, ed. fr., n. 3.333 (5 juin 2014), p. 5.
[9] Benoît XVI, Lett. enc. Caritas in veritate, n. 5.
[10] « Par la connaissance de cette espérance, elle était « rachetée », elle ne se sentait plus une esclave, mais une fille de Dieu libre. Elle comprenait ce que Paul entendait lorsqu'il rappelait aux Éphésiens qu'avant ils étaient sans espérance et sans Dieu dans le monde – sans espérance parce que sans Dieu» (Benoît XVI, Lett. enc. Spe salvi, n. 3).
[11] Discours aux participants à la IIème Conférence Internationale sur la traite des êtres humains, 10 avril 2014 : DC n. 2516 (2014), p. 113 ; cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 270.
[12] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, nn. 24.270



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