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dimanche 14 avril 2013

L'écosocialisme selon Michaël Lowy

Entre l'écosocialisme et la doctrine sociale de l’Église, il y a des ponts de plus en plus évidents... : la sobriété, le bien commun (ou intérêt commun), le partage, l'idée de la gratuité (ou du don), la pratique ou le témoignage pour faire évoluer les consciences et surtout : "pas de certitude,  mais un espoir,  et un choix où l’on engage toute sa vie." 
N'est-ce pas là l'espérance chrétienne ?

Voilà ce que j'ai retenu (et ce qui est en gras dans les citations en italique l'a été mis par mes soins NDR) d'un entretien donné par Michaël Lowy* à Témoignage Chrétien il y a quelques mois.
L'écosocialisme me semble tout aussi intéressant, sinon plus, comme grille de lecture du monde, comme critique du système dominant  et surtout comme force de proposition, que tous les mouvements qui naissent en ce moment. Surtout ce système de pensée me semble plus en accord, ou moins en contradiction que les autres, avec la doctrine sociale de l’Église, c'est-à-dire avec l’Évangile.

Qu'est-ce que l'écosocialisme ?
C'est l'idée qu'un socialisme qui n'est pas écologique n'a pas d'avenir et qu'inversement, une écologie qui accepte le capitalisme n'est pas non plus à la hauteur des enjeux. [...] c'est un processus en cours qui a des affinités avec d'autres courants de la gauche écologique, avec l'écologie sociale des anarchistes, avec la décroissance.

L'écosocialisme se distingue de  l'écologie mainstream – Europe-Écologie Les Verts, etc. – (qui) ne s'intéresse pas vraiment à nos propositions. Ils discutent avec le Parti socialiste, pas avec nous. Ils sont sur un autre terrain.

L'écosocialisme et la technique : 
on peut dire aussi qu'il y a un progrès dans l'émancipation des femmes, quand les femmes ont le droit de disposer de leur corps. De la même manière, nous sommes contre l'idéologie technologiste ou technocratique qui croit que tout problème a une solution technique, ce qui est une mystification bourgeoise. Une bonne partie de la technologie existante est à supprimer ou à transformer radicalement parce qu'elle dépend des énergies fossiles, de l'énergie nucléaire, qu'elle est nuisible pour les travailleurs et leur santé. [...]Cela dit, on n'est pas prêts à dire que toute la technologie moderne est à rejeter, que l'idée même d'avancée technologique est à rejeter, et qu'il faut revenir à la technologie de l'âge de pierre.

 L'écologie peut être considérée comme une ennemie de l'emploi et notamment celui des ouvriers :
avec les ouvriers, je pense qu'il y a une possibilité de dialogue à condition qu'on parte du principe que personne ne doive perdre son emploi. Il faut partir de l'idée qu'on lutte pour leur garantir l'emploi, mais pas pour qu'ils continuent à produire des voitures. Donc il faut avancer des propositions alternatives.

 Le rapport entre le travail et l'argent : 
il y a l'idée de la gratuité. Un maximum de choses doivent être gratuites : les services publics, l'éducation, la santé, certains biens de consommation, etc. [...]  L'idée est que tout le monde travaille mais que tout le monde travaille moins. Il faut un partage du travail, une réduction de la journée de travail à un minimum, ce qui va réduire la production et donc la consommation aussi. Tout ça doit être discuté démocratiquement dans le cadre d'une planification démocratique écosocialiste.

 De l'Etat et des entreprises : 
L'objectif à terme serait de remplacer l'État par une autre forme de pouvoir démocratique. Il faut une forme de pouvoir capable de gérer l'intérêt commun [...]  il y a une place pour l'autogestion locale, mais il y a aussi une place pour la société qui se gère elle-même.

De la démocratie : 
On part de l'hypothèse que dans une société écosocialiste ou même dans une société de transition vers l'écosocialisme où on a déjà cassé la logique du capital, les gens ne seront plus soumis au poids de l'idéologie bourgeoise, au martèlement de l'idéologie dominante, de la publicité et de la presse qui est à sens unique et qui nous explique que le nucléaire est indispensable. Une fois que les gens sont débarrassés de ça, qu'ils peuvent écouter démocratiquement les deux points de vue à égalité,on peut parier qu'une rationalité démocratique va prédominer. Maintenant, on peut dire : « Est-ce qu'il y a une garantie ? » Non, il n'y a pas de garantie. Les gens peuvent se tromper, il n'y a pas de garantie, mais c'est un pari. En tout cas, on trouve que ce pari-là est préférable au pari sur une commission de techniciens ou un bureau politique qui va décider à la place du peuple.

Comment faire adhérer au projet d'écosocialisme ?
il y a un travail d'éducation politique, populaire, un travail d'explication à faire. Mais il y a avant tout l'expérience des gens, l'expérience de lutte pour des choses concrètes où l'écologique et le social viennent ensemble. Je compte beaucoup sur ça parce que je suis un partisan de la philosophie de la praxis marxiste, qui dit que c'est dans la pratique que les gens vont changer aussi bien les circonstances que leur propre conscience. Donc je compte beaucoup sur l'action, la pratique, l'expérience collective, les mouvements sociaux, les mouvements socio-écologiques, une dynamique de luttes. Mais c'est en effet un pari,  au sens pascalien :  pas de certitude,  mais un espoir,  et un choix où l’on engage toute sa vie.

Cet entretien de Michaël Lowy est consultable dans sa totalité sur son blog :
 http://blogs.mediapart.fr/blog/michael-lowy/061112/le-pari-ecosocialiste-entretien-avec-tc
 ainsi que sur le site de Témoignage Chrétien :
http://www.temoignagechretien.fr/ARTICLES/Politique/Michael-Lowy-le-pari-ecosocialiste-/Default-35-4112.xhtml


* Michael Löwy est un sociologue, philosophe marxiste et écosocialiste franco-brésilien.
Auteur entre autres de :
- Écosocialisme : L'alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste, Fayard/Mille et une nuits, 2011
- Ecologie et socialisme, Collectif, Editions Syllepse, 2005





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