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lundi 31 décembre 2012

Message pour la célébration de la Journée Mondiale de la Paix 2013, 8 décembre 2012 - Benoît XVI



 Heureux les artisans de paix

1. Chaque année nouvelle porte en elle l'attente d'un monde meilleur. Dans cette perspective, fondée sur la foi, je prie Dieu, Père de l'humanité, de nous donner la concorde et la paix afin que puissent se réaliser pour tous les aspirations à une vie heureuse et prospère.
À 50 ans de l'ouverture du Concile Vatican II qui a permis de renforcer la mission de l'Église dans le monde, il est encourageant de constater que les chrétiens - peuple de Dieu en communion avec lui et en chemin parmi les hommes - s'engagent dans l'histoire en partageant ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses [1], annonçant le salut du Christ et promouvant la paix pour tous.
Notre temps en effet, marqué par la mondialisation, avec ses aspects positifs et négatifs, mais aussi par des conflits sanglants toujours en cours et par des menaces de guerre, demande un engagement renouvelé et collectif pour la recherche du bien commun, du développement de tous les hommes et de tout l'homme.
Les foyers de tension et d'opposition causés par des inégalités croissantes entre riches et pauvres, par la prévalence d'une mentalité égoïste et individualiste qui s'exprime également au travers d'un capitalisme financier sans régulation, nous inquiètent. En plus des différentes formes de terrorisme et de criminalité internationales, les fondamentalismes et les fanatismes qui défigurent la vraie nature de la religion, appelée qu'elle est à favoriser la communion et la réconciliation entre les hommes sont autant de dangers pour la paix.
Et pourtant les nombreuses œuvres de paix dont le monde est riche, témoignent de la vocation innée de l'humanité à la paix. En chaque personne, le désir de paix est une aspiration essentielle qui coïncide, d'une certaine façon, avec le désir d'une vie humaine pleine, heureuse et accomplie. En d'autres termes, le désir de paix correspond à un principe moral fondamental, c'est-à-dire au développement intégral, social, communautaire, entendu comme un droit et un devoir, et cela fait partie du dessein de Dieu sur l'homme. L'homme est fait pour la paix qui est don de Dieu.
Tout ce qui précède m'a conduit à m'inspirer, pour ce Message, des paroles de Jésus-Christ : « Heureux les artisans de paix, parce qu'ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9).
La béatitude évangélique
2. Les béatitudes, proclamées par Jésus (cf. Mt 5,3-12 et Lc 6,20-23), sont autant de promesses. Dans la tradition biblique en effet, le genre littéraire correspondant à la béatitude porte toujours en lui-même une bonne nouvelle, c'est-à-dire un évangile, qui culmine en une promesse. Les béatitudes ne sont donc pas seulement des recommandations morales dont l'observance prévoit, au temps prescrit - temps généralement situé dans l'autre vie -, une récompense, c'est-à-dire une situation de bonheur à venir. La béatitude consiste plutôt en l'accomplissement d'une promesse adressée à tous ceux qui se laissent guider par les exigences de la vérité, de la justice et de l'amour. Ceux qui mettent leur foi en Dieu et en ses promesses apparaissent souvent aux yeux du monde naïfs et éloignés de la réalité. Eh bien, Jésus leur déclare qu'ils découvriront être fi ls de Dieu non seulement dans l'autre vie mais déjà en celle-ci et que, depuis toujours et pour toujours, Dieu est pleinement solidaire d'eux. Ils comprendront qu'ils ne sont pas seuls parce qu'Il est du côté de ceux qui s'engagent en faveur de la vérité, de la justice et de l'amour. Jésus, révélation de l'amour du Père, n'hésite pas à s'offrir lui-même en sacrifice. Quand on accueille Jésus-Christ, Homme-Dieu, on vit la joyeuse expérience d'un don immense : le partage de la vie même de Dieu, ou encore la vie de la grâce, prémisse d'une existence pleinement heureuse. Jésus-Christ nous donne en particulier la paix véritable qui naît de la rencontre confiante de l'homme avec Dieu.
La béatitude de Jésus dit que la paix est à la fois don messianique et œuvre humaine. En effet, la paix présuppose un humanisme ouvert à la transcendance. Il est fruit du don réciproque, d'un enrichissement mutuel, grâce au don qui jaillit de Dieu et permet de vivre avec les autres et pour les autres. L'éthique de la paix est une éthique de la communion et du partage. Il est alors indispensable que les différentes cultures contemporaines dépassent les anthropologies et les éthiques fondées sur des présupposés théorico-pratiques surtout subjectifs et pragmatiques, au nom desquels les relations de cohabitation sont inspirés par des critères de pouvoir ou de profit, où les moyens deviennent des fins et vice-versa, où la culture et l'éducation sont seulement centrées sur les instruments, sur la technique et sur l'efficience. Le démantèlement de la dictature du relativisme et de l'adoption d'une morale totalement autonome qui interdit la reconnaissance de l'incontournable loi morale naturelle inscrite par Dieu dans la conscience de chaque homme est une condition nécessaire de la paix. La paix est construction d'un vivre-ensemble en termes rationnels et moraux, s'appuyant sur un fondement dont la mesure n'est pas créée par l'homme mais par Dieu même. « Le Seigneur donne la puissance à son peuple, le Seigneur bénit son peuple dans la paix », rappelle le Psaume 29 (v.11).
La paix : don de Dieu et œuvre de l'homme
3. La paix concerne l'intégrité de la personne humaine et appelle l'implication de tout l'homme. C'est la paix avec Dieu, en vivant selon sa volonté. C'est la paix intérieure avec soi-même et la paix extérieure avec le prochain et avec toute la création. Elle comporte principalement, comme l'a écrit le bienheureux Jean XXIII dans l'encyclique Pacem in Terris dont nous commémorerons dans quelques mois le cinquantième anniversaire, la construction d'un vivre-ensemble fondé sur la vérité, sur la liberté, sur l'amour et sur la justice [2]. La négation de ce qu'est la véritable nature de l'être humain, en ses dimensions essentielles, en sa capacité intrinsèque de connaître le vrai et le bien et, en définitive, Dieu lui-même, met en danger la construction de la paix. Sans la vérité sur l'homme, inscrite en son coeur par le Créateur, la liberté et l'amour s'avilissent, la justice perd le fondement de son exercice.
Pour devenir d'authentiques artisans de paix, l'attention à la dimension transcendante est fondamentale comme l'est le dialogue constant avec Dieu, Père miséricordieux, dialogue dans lequel on implore la rédemption que nous a obtenue son Fils Unique. Ainsi l'homme peut vaincre ce germe d'affaiblissement et de négation de la paix qu'est le péché en toutes ses formes : égoïsme et violence, avidité et volonté de puissance et de domination, intolérance, haine et structures injustes.
La réalisation de la paix dépend avant tout de la reconnaissance d'être, en Dieu, une unique famille humaine. Celle-ci se structure, comme l'a enseigné l'Encyclique Pacem in Terris, à travers des relations interpersonnelles et des institutions soutenues et animées par un « nous » communautaire, impliquant un ordre moral, interne et externe, où sont sincèrement reconnus, selon la vérité et la justice, les droits réciproques et les devoirs correspondants. La paix est un ordre vivifié et structuré par l'amour; ainsi chacun ressent comme siens les besoins et les exigences d'autrui, fait partager ses propres biens aux autres et rend la communion aux valeurs spirituelles toujours plus répandue dans le monde. Cet ordre se réalise dans la liberté, c'est-à-dire de la façon qui convient à la dignité des personnes qui, par leur nature raisonnable elle-même, assument la responsabilité de leurs actes [3].
La paix n'est pas un rêve, ce n'est pas une utopie : elle est possible. Nos yeux doivent regarder plus profondément, sous la surface des apparences et des phénomènes, pour distinguer une réalité positive qui existe dans les cœurs parce que tout homme est créé à l'image de Dieu, et appelé à grandir, contribuant à l'édification d'un monde nouveau. Dieu lui-même en effet, par l'incarnation de son Fils et la rédemption qu'il réalise, est entré dans l'histoire, suscitant une nouvelle création et une nouvelle alliance entre Dieu et l'homme (cf. Jer 31,31-34), nous donnant la possibilité d'avoir « un cœur nouveau » et « un esprit nouveau » (cf. Ez 36,26).
C'est justement pourquoi l'Église est convaincue qu'existe l'urgence d'une nouvelle annonce de Jésus-Christ, premier et principal facteur du développement intégral des peuples et aussi de la paix. En effet, Jésus est notre paix, notre justice, notre réconciliation (cf. Ep 2,14 ; 2 Cor 5,18). L'artisan de paix, selon la béatitude de Jésus, est celui qui recherche le bien de l'autre, le bien complet de l'âme et du corps, aujourd'hui et demain.
De cet enseignement, on peut déduire que toute personne, toute communauté - religieuse, civile, éducative et culturelle -, est appelée à être artisan de paix. La paix est principalement réalisation du bien commun des différentes sociétés, qu'elles soient primaires ou intermédiaires, nationales, internationales ou mondiale. C'est justement pourquoi on peut dire que les voies de réalisation du bien commun sont aussi celles qu'il importe de parcourir pour obtenir la paix.
Les artisans de paix sont ceux qui aiment, défendent et promeuvent la vie dans son intégralité
4. Le chemin de réalisation du bien commun et de la paix est avant tout le respect pour la vie humaine, considérée dans la variété de ses aspects, à commencer par sa conception, dans son développement, et jusqu'à son terme naturel. Les vrais artisans de paix sont alors ceux qui aiment, défendent et promeuvent la vie humaine en toutes ses dimensions : personnelle, communautaire et transcendante. La vie en plénitude est le sommet de la paix. Qui veut la paix ne peut tolérer des atteintes ou des crimes contre la vie.
Ceux qui n'apprécient pas suffisamment la valeur de la vie humaine et, par conséquent, soutiennent la libéralisation de l'avortement par exemple, ne se rendent peut-être pas compte que de cette façon ils proposent la recherche d'une paix illusoire. La fuite des responsabilités qui avilit la personne humaine et, encore davantage, le meurtre d'un être sans défense et innocent, ne pourront jamais produire ni bonheur ni paix. Comment peut-on penser en effet construire la paix, le développement intégral des peuples ou la sauvegarde même de l'environnement sans que soit défendu le droit des plus faibles à la vie, à commencer par les enfants à naître ? Toute atteinte à la vie, en particulier à son origine, provoque inévitablement des dégâts irréparables pour le développement, pour la paix, pour l'environnement. Il n'est pas juste non plus de codifi er de manière sournoise de faux droits ou des abus qui, fondés sur une vision réductrice et relativiste de l'être humain et sur l'utilisation habile d'expressions ambiguës destinées à favoriser un prétendu droit à l'avortement et à l'euthanasie, menacent le droit fondamental à la vie.
La structure naturelle du mariage doit être aussi reconnue et promue, c'est-à-dire l'union entre un homme et une femme, face aux tentatives de la rendre juridiquement équivalente à des formes radicalement différentes d'union qui, en réalité, la dénaturent et contribuent à la déstabiliser, éclipsant son caractère particulier et son rôle social irremplaçable.
Ces principes ne sont pas des vérités de foi ; ils ne sont pas non plus seulement une conséquence du droit à la liberté religieuse. Ils sont inscrits dans la nature humaine elle-même, identifiables par la raison, et donc communs à toute l'humanité. L'action de l'Église en faveur de leur promotion ne revêt donc pas un caractère confessionnel mais s'adresse à toutes les personnes, quelle que soit leur appartenance religieuse. Cette action est d'autant plus nécessaire que ces principes sont niés ou mal compris, car cela constitue une offense faite à la vérité de la personne humaine, une grave blessure infligée à la justice et à la paix.
C'est pourquoi la reconnaissance par les ordonnancements juridiques et par l'administration de la justice du droit à l'usage du principe d'objection de conscience face à des lois et à des mesures gouvernementales portant atteintes à la dignité humaine, comme l'avortement et l'euthanasie, est aussi une importante contribution à la paix.
Parmi les droits fondamentaux, concernant aussi la vie pacifique des peuples, il y a également celui des particuliers et des communautés à la liberté religieuse. En ce moment de l'histoire, il devient de plus en plus important qu'un tel droit soit promu non seulement du point de vue négatif, comme liberté face à - par exemple des obligations ou des restrictions relatives à la liberté de choisir sa propre religion -, mais aussi du point de vue positif, en ses différentes articulations, comme liberté de : par exemple de témoigner de sa propre religion, d'annoncer et de communiquer ses enseignements ; d'accomplir des activités éducatives, de bienfaisance et d'assistance qui permettent d'appliquer les préceptes religieux ; d'exister et d'agir en tant qu'organismes sociaux, structurés selon les principes doctrinaux et les fins institutionnelles qui leur sont propres. Malheureusement, même dans les pays de vieille tradition chrétienne, se multiplient les épisodes d'intolérance religieuse, en particulier contre le christianisme et contre ceux qui revêtent simplement les signes distinctifs de leur propre religion.
L'artisan de paix doit aussi avoir conscience que de plus en plus de secteurs de l'opinion publique sont touchés par les idéologies du libéralisme radical et de la technocratie qui leur instillent la conviction selon laquelle la croissance économique est à obtenir aussi au prix de l'érosion de la fonction sociale de l'État et des réseaux de solidarité de la société civile, ainsi que des droits et des devoirs sociaux. Or, il faut considérer que ces droits et devoirs sont fondamentaux pour la pleine réalisation des autres, à commencer par les droits et les devoirs civiques et politiques.
Parmi les droits et les devoirs sociaux aujourd'hui les plus menacés, il y a le droit au travail. Cela est dû au fait que le travail et la juste reconnaissance du statut juridique des travailleurs sont de moins en moins correctement valorisés, parce que le développement économique dépendrait surtout de la pleine liberté des marchés. Le travail est appréhendé comme une variable dépendant des mécanismes économiques et financiers. À ce sujet, je répète ici que la dignité de l'homme, ainsi que la logique économique, sociale et politique, exigent que l'on continue à « se donner comme objectif prioritaire l'accès au travail ou son maintien, pour tous » [4]. La réalisation de cet objectif ambitieux a pour condition une appréhension renouvelée du travail, fondée sur des principes éthiques et des valeurs spirituelles de nature à renforcer sa conception en tant que bien fondamental pour la personne, la famille, la société. À ce bien correspondent un devoir et un droit qui exigent des politiques courageuses et novatrices en faveur du travail pour tous.
Construire le bien de la paix par un nouveau modèle de développement et d'économie
5. De plusieurs côtés, il est reconnu qu'aujourd'hui un nouveau modèle de développement comme aussi un nouveau regard sur l'économie s'avèrent nécessaires. Aussi bien le développement intégral, solidaire et durable, que le bien commun, exigent une échelle correcte de "biens-valeurs", qu'il est possible de structurer en ayant Dieu comme référence ultime. Il ne suffit pas d'avoir à disposition de nombreux moyens et de nombreuses opportunités de choix, même appréciables. Autant les multiples biens efficaces pour le développement, que les opportunités de choix doivent être utilisés dans la perspective d'une vie bonne, d'une conduite droite qui reconnaisse le primat de la dimension spirituelle et l'appel à la réalisation du bien commun. Dans le cas contraire, ils perdent leur juste valeur, finissant par s'ériger en nouvelles idoles.
Pour sortir de la crise financière et économique actuelle - qui a pour effet une croissance des inégalités - il faut des personnes, des groupes, des institutions qui promeuvent la vie en favorisant la créativité humaine pour tirer, même de la crise, l'occasion d'un discernement et d'un nouveau modèle économique. Le modèle prévalant des dernières décennies postulait la recherche de la maximalisation du profit et de la consommation, dans une optique individualiste et égoïste, tendant à évaluer les personnes seulement par leur capacité à répondre aux exigences de la compétitivité. Au contraire, dans une autre perspective, le succès véritable et durable s'obtient par le don de soi, de ses propres capacités intellectuelles, de son esprit d'initiative, parce que le développement économique vivable, c'est-à-dire authentiquement humain, a besoin du principe de gratuité comme expression de fraternité et de la logique du don [5]. Concrètement, dans l'activité économique, l'artisan de paix se présente comme celui qui instaure avec ses collaborateurs et ses collègues, avec les commanditaires et les usagers, des relations de loyauté et de réciprocité. Il exerce l'activité économique pour le bien commun, vit son engagement comme quelque chose qui va au-delà de son intérêt propre, au bénéfice des générations présentes et futures. Et ainsi, il travaille non seulement pour lui, mais aussi pour donner aux autres un avenir et un travail décent.
Dans le domaine économique, il est demandé, spécialement de la part des États, des politiques de développement industriel et agricole qui aient le souci du progrès social et de l'universalisation d'un État de droit, démocratique. Ensuite, la structuration éthique des marchés monétaires, financiers et commerciaux est fondamentale et incontournable; ceux-ci seront stabilisés et le plus possible coordonnés et contrôlés, de façon à ne pas nuire aux plus pauvres. La sollicitude des nombreux artisans de paix doit en outre se mettre - avec plus de résolution par rapport à ce qui s'est fait jusqu'à aujourd'hui - à considérer la crise alimentaire, bien plus grave que la crise financière. Le thème de la sécurité des approvisionnements alimentaires en est venu à être central dans l'agenda politique international, à cause de crises connexes, entre autre, aux fluctuations soudaines des prix des matières premières agricoles, aux comportements irresponsables de certains agents économiques et à un contrôle insuffisant de la part des gouvernements et de la communauté internationale. Pour faire face à cette crise, les artisans de paix sont appelés à œuvrer ensemble en esprit de solidarité, du niveau local au niveau international, avec pour objectif de mettre les agriculteurs, en particulier dans les petites réalités rurales, en condition de pouvoir exercer leur activité de façon digne et durable, d'un point de vue social, environnemental et économique.
Éducation pour une culture de paix : le rôle de la famille et des institutions
6. Je désire rappeler avec force que les nombreux artisans de paix sont appelés à cultiver la passion pour le bien commun de la famille et pour la justice sociale, ainsi que l'engagement en faveur d'une éducation sociale valable.
Personne ne peut ignorer ou sous-évaluer le rôle décisif de la famille, cellule de base de la société du point de vue démographique, éthique, pédagogique, économique et politique. Elle a une vocation naturelle à promouvoir la vie : elle accompagne les personnes dans leur croissance et les incite au développement mutuel par l'entraide réciproque. La famille chrétienne, tout particulièrement, porte en elle le projet embryonnaire de l'éducation des personnes à la mesure de l'amour divin. La famille est un des sujets sociaux indispensables à la réalisation d'une culture de la paix. Il faut protéger le droit des parents et leur rôle premier dans l'éducation des enfants, tout d'abord dans le domaine moral et religieux. Dans la famille, naissent et grandissent les artisans de paix, les futurs promoteurs d'une culture de la vie et de l'amour [6].
Dans cette immense tache de l'éducation à la paix, les communautés religieuses sont particulièrement impliquées. L'Église se sent partie-prenante d'une si grande responsabilité à travers la nouvelle évangélisation, qui a comme pivot la conversion à la vérité et à l'amour du Christ, et, par conséquent, la renaissance spirituelle et morale des personnes et des sociétés. La rencontre avec Jésus Christ façonne les artisans de paix en les engageant à la communion et au dépassement de l'injustice.
Une mission spéciale concernant la paix est remplie par les institutions culturelles scolaires et universitaires. Il leur est demandé une contribution importante non seulement à la formation de nouvelles générations de leader, mais aussi au renouvellement des institutions publiques, nationales et internationales. Elles peuvent aussi contribuer à une réflexion scientifique qui enracine les activités économiques et financières dans un solide fondement anthropologique et éthique. Le monde actuel, particulièrement le monde politique, a besoin du support d'une nouvelle pensée, d'une nouvelle synthèse culturelle, pour dépasser les approches purement techniques et harmoniser les multiples tendances politiques en vue du bien commun. Celui-ci, considéré comme un ensemble de relations interpersonnelles et institutionnelles positives, au service de la croissance intégrale des individus et des groupes, est à la base de toute éducation véritable à la paix.
Une pédagogie de l'artisan de paix
7. En conclusion, ressort la nécessité de proposer et de promouvoir une pédagogie de la paix. Elle demande une vie intérieure riche, des références morales claires et valables, des attitudes et des manières de vivre appropriées. En effet, les œuvres de paix concourent à réaliser le bien commun et créent l'intérêt pour la paix, en éduquant à la paix. Pensées, paroles et gestes de paix créent une mentalité et une culture de la paix, une atmosphère de respect, d'honnêteté et de cordialité. Il faut alors enseigner aux hommes à s'aimer et à s'éduquer à la paix, et à vivre avec bienveillance, plus que par simple tolérance. L'encouragement fondamental est celui de « dire non à la vengeance, de reconnaître ses torts, d'accepter les excuses sans les rechercher, et enfin de pardonner » [7], de sorte que les erreurs et les offenses puissent être reconnues en vérité pour avancer ensemble vers la réconciliation. Cela demande qu'une pédagogie du pardon se répande. Le mal, en effet, se vainc par le bien, et la justice est recherchée en imitant Dieu, le Père, qui aime tous ses enfants (cf. Mt 5, 21-48). C'est un travail de longue haleine, parce qu'il suppose une évolution spirituelle, une éducation aux valeurs les plus élevées, une vision neuve de l'histoire humaine. Il convient de renoncer à la fausse paix que promettent les idoles de ce monde et aux dangers qui l'accompagnent, à cette fausse paix qui rend les consciences toujours plus insensibles, qui porte au repliement sur soi, à une existence atrophiée vécue dans l'indifférence. Au contraire la pédagogie de la paix implique action, compassion, solidarité, courage et persévérance.
Jésus incarne l'ensemble de ces attitudes dans son existence, jusqu'au don total de lui-même, jusqu'à « perdre sa vie » (cf. Mt 10,39 ; Lc 17,33 ; Jn 12,25). Il promet à ses disciples que, tôt ou tard, ils feront la découverte extraordinaire dont nous avons parlé au début, à savoir que dans le monde, il y a Dieu, le Dieu de Jésus, pleinement solidaire des hommes. Dans ce contexte, je voudrais rappeler la prière par laquelle nous demandons à Dieu de faire de nous des instruments de sa paix, pour porter son amour là où il y a la haine, son pardon là où il y a l'offense, la vraie foi là où il y a le doute. Pour notre part, avec le bienheureux Jean XXIII, demandons à Dieu qu'il éclaire les responsables des peuples, afin que, tout en se préoccupant du légitime bien-être de leurs compatriotes, ils garantissent et défendent le précieux don de la paix. Qu'il enflamme la volonté de tous pour renverser les barrières qui divisent, renforcer les liens de l'amour mutuel, user de compréhension à l'égard d'autrui et pardonner à ceux qui leur ont fait du tort, de sorte que, grâce à son action, tous les peuples de la terre fraternisent et que parmi eux ne cesse de fleurir et de régner la paix tant désirée [8].
Par ce vœu, je souhaite que tous puissent être de véritables artisans et bâtisseurs de paix, de sorte que la cité de l'homme grandisse dans une concorde fraternelle, dans la prospérité et dans la paix.
Du Vatican, le 8 décembre 2012.

[1] Cf. CONC. ŒCUM. VAT. II, Const. past. sur l'Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 1.
[2] Cf. Lett. enc. Pacem in terris (11 avril 1963) : AAS 55 (1963), 265-266.
[3] Cf. ibid. : AAS 55 (1963), 266.
[4] BENOÎT XVI, Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 32 : AAS 101 (2009), 666-667.
[5] Cf. ibid., n. 34 et 36 : AAS 101 (2009), 668-670 et 671-672.
[6] Cf. JEAN-PAUL II, Message pour la Journée mondiale de la Paix 1994 (8 décembre 1993): AAS 86 (1994), 156-162.
[7] Benoît XVI, Discours aux membres du Gouvernement, aux institutions de la République, au corps diplomatique, aux chefs religieux et aux représentants du monde de la culture, Baabda-Liban (15 septembre 2012) : L'Osservatore romano, édition française n. 3.253 (20 septembre 2012), p. 7.
[8] Cf. Lett. enc. Pacem in terris (11 avril 1963) : AAS 55 (1963), 304.

 © Copyright 2012 - Libreria Editrice Vaticana

dimanche 30 décembre 2012

La dissociété

Cela n'est pas nouveau mais cela reste d'actualité : 

"L’immense majorité d’entre nous aurait intérêt à une société coopérative et solidaire, mais dans le contexte anxiogène qui est désormais le nôtre, la réaction la plus rationnelle pour faire face et y sauver son intégrité psychique, consiste à adopter ou à tolérer ce modèle « dissociétal » de la compétition solitaire généralisée."

Le discours de Benoit XVI aux jeunes n'en est que plus salutaire et montre à quel point l’Évangile est une voie porteuse d'espérance :

samedi 29 décembre 2012

Discours de Benoît XVI aux jeunes de Taizé

En s'adressant aux jeunes, Benoit XVI a attiré leur attention sur le partage, la justice et la solidarité : 

"Chers jeunes amis, le Christ ne vous retire pas du monde. Il vous envoie là où la lumière fait défaut pour que vous la portiez à d'autres. Oui, vous êtes tous appelés à être de petites lumières pour ceux qui vous entourent. Par votre attention à une plus équitable répartition des biens de la terre, par votre engagement pour la justice et pour une nouvelle solidarité humaine, vous aiderez ceux qui sont autour de vous à mieux comprendre combien l'Évangile nous conduit à la fois vers Dieu et vers les autres. Ainsi, avec votre foi, vous contribuerez à ce que se lève une confiance sur la terre. Soyez donc plein d’espérance."


Changez le monde avec le CCFD-Terre Solidaire

lundi 24 décembre 2012

Joyeux Noël à tous !

Benoit XVI : "au terme de cette année, nous voulons prier le Seigneur, afin que l’Église, malgré ses pauvretés, devienne toujours plus identifiable comme sa demeure. Nous le prions pour que, dans la marche vers sa maison, il nous rende aussi toujours plus voyants, afin que nous puissions dire toujours mieux et de manière toujours plus convaincante : Nous avons trouvé celui que le monde entier attend, Jésus Christ, vrai Fils de Dieu et vrai homme. Dans cet esprit, je vous souhaite de tout cœur à tous un saint Noël et une heureuse nouvelle année".





Évangile de Jésus Christ selon saint Luc


En ces jours-là, parut un édit de l'empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre - ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. -
Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d'origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David.
Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu'ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter.
Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l'emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L'ange du Seigneur s'approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d'une grande crainte,
mais l'ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd'hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur.
Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l'ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu'il aime. »


dimanche 23 décembre 2012

Prière d'abandon

De Charles de Foucauld : 


Mon Père,
Je m'abandonne à toi,
fais de moi ce qu'il te plaira.

Quoi que tu fasses de moi,
je te remercie.

Je suis prêt à tout, j'accepte tout.
Pourvu que ta volonté
se fasse en moi, en toutes tes créatures,
je ne désire rien d'autre, mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.
Je te la donne, mon Dieu,
avec tout l'amour de mon cœur,
parce que je t'aime,
et que ce m'est un besoin d'amour
de me donner,
de me remettre entre tes mains, sans mesure,
avec une infinie confiance,
car tu es mon Père.






Conversation avec Dieu

De Mgr Jean-Michel Di Falco :

Dis Dieu ? Es tu bien dans ma peau ?
As tu assez de place ?
Souvent, je ne le nie pas, j'occupe tout l'espace.
Je m'étale confortablement dans ma routine, mes habitudes et même dans ma médiocrité au point d'en oublier que tu es avec moi, présent en moi !
Je dois te confesser que dans ces moments-là je ne suis pas très fier, je préfère t'ignorer, faire comme si je ne te connaissais pas et dire comme Pierre à ton propos, je ne connais pas cet homme!
Oui je te l'avoue, il est des moments où tu me gènes, vraiment, tu me déranges !


Ce que j'appréhende le plus et lorsque je doute de toi, c'est comme si tu étais sourd à mes appels, absent, silencieux !
Je suis tout seul dans ma peau !
Et ce grand vide me donne le vertige.
Je te cherche et je ne te trouve pas.
Je t'appelle et tu ne réponds pas.
Ces heures là sont douloureuses, tu peux le croire.
Et cependant, vois-tu, ces moments là, je ne les regrette pas.
Au contraire, une fois passé mon trouble, je suis tellement heureux de te retrouver, je dois constater que tu es toujours présent, fidèle comme toujours, et que c'est moi qui m'étais éloigné.
Qu'il est bon ce moment où tu m'accueilles, chez moi.
Et les mots que j'avais préparés pour habiller nos retrouvailles, tu n'en veux pas, mon regard te suffit et moi je cherche le tien.

Il y a aussi les jours ou je voudrais te laisser toute la place, c'est alors que je veux me faire tout petit, pour que chez moi, dans ma peau, vraiment, tu sois chez toi !
Je suis joyeux quand tu n'es pas à l'étroit dans une peau étriquée, mesquine, une peau, une peau de chagrin quoi !
Mon Dieu, je te le demande, apprends-moi à m'aimer comme toi seul sait m'aimer.


Je suis bien, tu sais, lorsque nous conversons tout les deux, simplement, familièrement, comme de vieux amis, comme deux êtres qui s'aiment et partagent le même toit.
Je ressent si fortement le réconfort que m'apporte ta présence, elle est là, la force de la prière.

Et dire que c'est toi, qui habite avec moi cette vieille peau que j'ai parfois tant de mal à trainer !
Ah si seulement je pouvais, ne serait-ce qu'un instant l'oublier, l'accrocher à un clou, telle une vieille guenille !
Mais toi, c'est cette peau-là que tu veux habiter, avec moi !
Sais tu que, plus je sens que tu habites en moi, plus je crois devenir un peu toi !
Oh ! Ne t'inquiètes pas pour ma modestie. j'ai dis un peu, juste un peu.
Je sais que c'est toi qui pousse l'humilité jusqu'à choisir d'agir par moi, et dans ces moment là, tu peux le croire, je suis vraiment heureux parce que je sais alors que tu es bien dans ma peau !


vendredi 21 décembre 2012

Du droit de mourir dans la dignité

 Cet article a été rédigé pour le site des chrétiens de gauche

« Ce qui donne un sens à la vie donne un sens à la mort »
Antoine de Saint-Exupéry


Alors que le rapport du professeur Sicard vient d’être remis au président de la République,  il ne faudrait pas comme l’écrit Dominique Quinio dans La Croix (1) que le débat se limite à la mise en œuvre de l’engagement 21 du programme électoral du candidat François Hollande. C’est une invitation à se soucier de la fin de vie bien en amont [...].


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Ce texte n’est pas une analyse des propositions du professeur Sicard. C’est plutôt une façon de poser le problème autrement que par la question « pour ou contre l’euthanasie ».

Cette réflexion est globale et ne s’appuie pas sur des cas particuliers dramatiques hyper-médiatisés. Ceux-ci sont par définition exceptionnels et ne devraient pas permettre de fonder une législation générale qui s’appliquerait ensuite à tous.


De quoi s’agit-il ?

Rappelons d’abord les termes exacts de la proposition de François Hollande : « Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité »


Cette assistance médicalisée ainsi formulée est très encadrée, très limitée, et n’évoque ni le mot de suicide pas plus que celui d’euthanasie.


François Hollande dans une interview à l’hebdomadaire La Vie a d’ailleurs formulé les problèmes posés par cette proposition si elle devait aller sur d’autres terrains que ceux de la loi Léonetti, si mal connue par ailleurs : « j’ai été confronté à l’agonie de ma propre mère et je sais les phases que peut traverser une personne confrontée à une terrible maladie. Mais elle ne peut pas être seule à en décider. En soins palliatifs, à quel moment arrête-t-on un traitement ? Qui en décide ? Quel est le rôle de la famille et le devoir du corps médical ? Ces questions méritent un débat maîtrisé » (2)


Ne faisons donc pas dire à cette proposition ce qu’elle ne propose pas.

D’autant que sur un sujet aussi sensible, les surenchères ne vont pas manquer.


La dignité ?


Ce qui peut interroger et qui mériterait d’être débattu, par tous, ce sont les termes utilisés dans la fin de la proposition : « Terminer sa vie dans la dignité » qui est par ailleurs formulé de manière revendicative en « droit de mourir dans la dignité ».


Tout d’abord la question du « droit de ». Celui-ci n’est compréhensible qu’en associant le fait de mourir à quelque chose pour le qualifier. Car mourir, en soi, ce n’est pas un droit, c’est la destinée commune. Tout le monde naît, vit et meurt. Encore que, si on inverse tout : pour mourir, il faut avoir vécu et pour vivre il faut naître mais c’est un autre sujet. Tout le monde meurt, donc il est inutile d’en faire un droit.


En revanche mourir dans la dignité est devenu un droit, et un droit revendiqué, d’où la proposition de François Hollande.


Or quel est ce droit ? Il faudrait d’abord savoir ce que signifie mourir dans la dignité. Être capable de définir ce qu’est la mort dans la dignité, c’est être capable à contrario de définir ce qu’est une mort indigne.

Qui peut dire que telle mort est indigne et telle autre ne l’est pas ? Est-ce la mort en tant que telle qui peut être indigne ou la situation dans laquelle survient la mort ?


Pour les uns c’est mourir sans souffrances, ou mourir avec un degré de souffrance supportable, pour d’autres c’est mourir sans déchéance physique ou morale ou en acceptant un certain degré de déchéance. 


La dignité de l’entrée dans la mort peut être aussi conditionnée par le lieu de la mort : à la maison, à l’hôpital. Elle peut être aussi conditionnée par le degré de solitude de la personne. Est-ce que mourir dans la dignité c’est mourir entouré ? Ne voit-on pas souvent cette formule sur les faire-part de décès « … nous a quittés entourés des siens » ? Et entourés par qui ? Des proches ? Des professionnels de santé ? (professionnels de santé qui deviendraient des professionnels d’entrée dans la mort?). A l’inverse une mort dans la solitude serait une mort indigne ?


Qui peut répondre aux questions posées par la fin de vie ou à l’entrée dans la mort ?


Qui peut répondre à ces questions et surtout qui est en mesure d’apporter une réponse ? Ces réponses peuvent-elles entrer dans un cadre législatif ?

Sans jouer sur les mots : parle t-on de terminer sa vie dans la dignité ou d’entrer dans la mort dans la dignité ? Ce n’est pas la même chose non plus. La personne concernée peut-elle répondre  seule ? Et les médecins ? Et l’entourage ? Tous ? au risque de créer comme un tribunal de fin de vie avec administration d’une nouvelle forme de peine de mort ?


Qui peut répondre ? Est-il possible de répondre ?


La mort ne sera jamais un voyage tranquille.

Pour un chrétien, la mort n’est pas une fin. Elle est un passage. L’idée de la mort devient supportable, si tant est qu’elle puisse l’être, grâce à l’espérance de la résurrection.


Mais restons d’abord sur la notion de passage. La vie est une succession de passages. Aucun ne s’effectue réellement sans douleur. Que ce soit la naissance, l’adolescence, le mariage (ou plus simplement le passage d’une vie de célibataire à une vie en couple), devenir parent, devenir retraité, et évidemment finir sa vie. 


Tous les moments de la vie qui ont pour conséquence la transformation de la personne parce qu’elle passe d’un état à un autre ne se font jamais sans douleur ou sans souffrance, physique ou morale.


Or dans ces moments de passage, l’être humain n’est pas aussi disponible, performant, productif, compétitif que dans les moments de stabilité.

La vraie question est : l’accepte t-on ou pas ? Et si on l’accepte, à quel prix ?


Si pour une personne dite en fin de vie, la mort dans la dignité c’est mourir entouré des siens, quelle durée est acceptable pour un employeur pour libérer un proche et lui financer des congés, ou simplement pour aménager des horaires ?


Si mourir dans la dignité c’est mourir chez soi, accepte t-on de financer suffisamment d’équipes mobiles de soins palliatifs ?

Pourquoi n’accorde t-on un congé à un proche que si l’hospitalisation se fait à domicile ? Le proche devient-il dans ce cas un professionnel de santé ?


Et si mourir dans la dignité n’était qu’un moyen de faire survenir la mort rapidement ? Mourir de façon performante, compétitive ?


Notre société a évacué la mort


Le problème ne réside t’il pas dans le fait qu’on ne pense plus la vie sans penser la mort ? 


Notre société a évacué la mort. Lorsqu’elle survient, elle tend à devenir un événement plus familial que social, privé plus que public. Comme la religion d’ailleurs… 


Pourquoi ? Parce que la mort crée aussi une douleur qui rend moins performant et compétitif. Aussi les marques du deuil ont disparu, sa reconnaissance sociale également, certes on compatit pendant quelques instants avec des endeuillés puis on oublie aussitôt. Or la mort n’est pas un événement privé, elle est et devrait rester un événement social. Mais le refus de la visibilité de la mort, et de sa conséquence, le deuil, a des incidences sur la conception de la fin de vie. S’il faut du temps à des proches d’un défunt pour faire leur deuil, il en va de même pour la période en amont de la mort, ce qu’on appelle donc la fin de vie. Tout comme comme les proches d’un défunt devraient être soutenus pendant le deuil, le mourant et ses proches devraient aussi être accompagnés, aidés, faire l’objet d’attention et de solidarité.


La question sociétale n’est-elle pas la suivante : et si une fin de vie digne était une fin de vie sans conséquence, sans incidence sur la personne concernée et ses proches donc sans effet sur la société ? 


Si c’est cela terminer sa vie dans la dignité, il faut s’interroger sur l’évolution de la société. La fin de vie dite dans la dignité n’est-elle pas dans notre société matérialiste et compétitive un simple substitut au mythe de l’immortalité et de l’éternelle jeunesse ?


Finalement, terminer sa vie dans la dignité ce serait mourir vite, en bonne santé, et pas trop vieux.


Ce concept de mort dans la dignité, pour le moins flou, en tous cas fort subjectif, ne marquerait-il pas tout simplement le refus de ce qui définit notre condition humaine ?


Encore une question : Jésus, qui justement a partagé notre condition humaine, est-il mort dans la dignité ?


Plutôt que de médicaliser la mort, de s’en emparer en la confiant (en la déléguant) à des professionnels de santé, ne pourrait-on pas vivre en se préparant à la mort, en y réfléchissant de façon éthique, philosophique, religieuse,… ?. 


Mais est-ce dans l’air du temps ? Un piqûre pour hâter les derniers instants n’est-elle pas plus conforme ? Vite fait, bien fait !


Qu’en pense l’Église catholique ?


Tout est dit dans ce court paragraphe tiré du texte de la conférence des évêques de France d’octobre 2011« Quel vote pour quel société ? » :

toute personne, quel que soit son âge, son état de fatigue, son handicap ou sa maladie, n’en garde pas moins sa dignité. Pour cette raison, « l’euthanasie est une fausse solution au drame de la souffrance, une solution indigne de l’homme » (Benoît XVI) car elle vise, sous prétexte de compassion, à abandonner les personnes au moment où elles ont le plus besoin d’aide et d’accompagnement. L’arrivée de générations importantes dans le grand âge doit inviter la société à une plus grande solidarité. Le développement des soins palliatifs, fruit d’un progrès éthique et scientifique, doit être poursuivi pour que tous ceux qui en ont besoin puissent en bénéficier.


Les évêques contrairement à la demande sociétale n’opposent pas la dignité de la personne et son état (âge, fatigue, handicap, maladie). Et le respect de la dignité ne déclenche pas un droit à mourir mais au contraire impose à la société un certain nombre de devoirs, exigeants d’ailleurs : plus d’aide et d’accompagnement, plus de solidarité, développement des soins palliatifs.


Notre société, nous-mêmes tout simplement, sommes nous prêts à consentir ces efforts, pour celles et ceux qui vont nous quitter ainsi que pour nous-mêmes ? Quelle société voulons-nous ?


Là sont les vraies questions.


Et pour tenter d’y répondre, il serait bon que tout personne en France connaisse les principales dispositions de la loi existante (3) avant de débattre d’une nouvelle proposition.


Comme l’avait dit Mgr Podvin lors d’un pèlerinage à Lourdes en mars dernier : « tenir la main jusqu’au bout est la meilleure des réponses contre l’euthanasie. »


(2) la Vie.fr du 15 décembre 2011
(3) Dossiers sur les droits des malades en fin de vie :
http://www.lavie.fr/www/files/pdf/droits-des-malades-et-fin-de-vie.pdf
http://www.pelerin.com/L-actualite-autrement/Fin-de-vie-quelle-societe-voulons-nous

jeudi 20 décembre 2012

Fin du monde


Quand je pense à tous ceux qui se font de l'argent sur la fin du monde qui aurait lieu demain avec leur livres, leurs films, leurs documentaires, etc,... alors que nous avons la réponse depuis 2000 ans, gratuitement en plus  :
"Quant à ce jour et à cette heure-là, nul ne les connaît, pas même les anges des cieux, pas même le Fils, mais le Père seul." Matthieu  24,36

Le Bon Larron et le détenu invisible

Ludovic n’a pas eu la vie facile… Il a longtemps été le détenu de la violence de ses propres parents avant d’être détenu de sa propre violence, puis de la prison. Comme pour d’autres l’amour d’une femme ou la passion d’un travail, c’est la religion qui l’a sauvé. Aujourd’hui témoin de la Fraternité Bon Larron, il a depuis quelques années repris le groupe de prière des Prisons de France. Son long témoignage a été réécrit car Ludovic souffre d’une dyslexie que personne n’a pris en compte dans son enfance. Loin du prosélytisme, ce texte témoigne de ses doutes, de ses espoirs, de la confiance trouvée et de la confiance en l’autre.

 
Chaque fois que nous témoignons c’est une partie de notre vie qui est exposée. En ce qui me concerne, le faire est comme tourner une page d’un livre :
lire la suite sur le blog des chrétiens de gauche : http://chretiensdegauche.com/2012/12/20/le-bon-larron-et-le-detenu-invisible/

dimanche 16 décembre 2012

Aranjuez

On passe un peu à côté de cette oeuvre si on ignore qu'il s'agit d'un dialogue entre l'homme (la guitare) et Dieu (l'orchestre), comme l'a expliqué un jour son compositeur, Joaquin Rodrigo.
Une prière, une oraison en quelque sorte...


Prière pour préparer Noël - Paroisse catholique Saint-Martin de Longwy

c’est chez nous que tu viens pour apporter
le pardon,
la paix et l’espérance.
Tu veux attirer à toi
ceux qui ont le cœur blessé,
ceux qui cherchent à comprendre, à aimer et à lutter contre le mal ;
Voilà la seule bonne nouvelle !


Prière pour préparer Noël - Paroisse catholique Saint-Martin de Longwy

jeudi 13 décembre 2012

Le corps n'est pas une marchandise...

Faire disparaître la prostitution doit rester un objectif

Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes, a affirmé le 24 juin, dans le Journal du Dimanche, vouloir abolir la prostitution et la voir disparaître. Si le gouvernement semble tenir cette ligne politique, ce n’est pas toujours le cas dans le reste du milieu politique, y compris dans les rangs de la majorité. Une sénatrice Europe Ecologie-Les Verts vient publiquement de s’offusquer qu’on l’ait contrainte à retirer un texte qui posait implicitement la reconnaissance de la prostitution comme une profession.
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Lire la suite sur le site des chrétiens de gauche, par Vincent Soulage :